Compte rendu de Rencontre

Compte rendu de la Rencontre muséo PACA du 22 juin 2021 – « Collecter des récits « alternatifs », montrer d’autres facettes du territoire »

[Illustration : Tableau-vitrine Exposition Universelle, Méru, Musée de la Nacre et de la Tabletterie, (C) RMN-Grand Palais / Benoît Touchard ]

Dehail, Judith

Après l’introduction générale de Cindy Lebat, Judith Dehail introduit la troisième et dernière séance du cycle, qui s’intitule « Collecter des récits ‘alternatifs’, montrer d’autres facettes du territoire ». Cette séance est consacrée aux collectes citoyennes, menées par les membres d’associations locales, souvent à la marge des institutions. Trois intervenant·es sont présent·es : Chloé Mazzani (coopérative Hôtel du Nord), Ramzi Tadros (association ACT) et Gilles Suzanne (Aix-Marseille Université). Il s’agit d’interroger ce que ces collectes révèlent des conceptions multiples du patrimoine d’un territoire et de leur construction, qui peut être parfois houleuse voire conflictuelle : les présentations de Chloé Mazzani et Ramzi Tadros en témoigneront.

Cette question de l’ouverture du champ patrimonial, des façons de se l’approprier mais aussi de le penser et de le définir, et l’intérêt que la sociologie porte à ces autres récits du patrimoine n’est pas nouvelle. Elle remonte aux années 70-80, la présentation de Gilles Suzanne reviendra sur cette généalogie. Judith Dehail souligne que cette question reste cependant d’actualité, et a encore besoin d’être discutée. C’est ainsi que la rencontre démarre sans plus attendre avec la première invitée, Chloé Mazzani.

Intervention de Chloé Mazzani

Chloé Mazzani est formée en sciences sociales (elle a un Master d’Histoire contemporaine de ENS Lyon et un diplôme de guide conférencière de Université de Nice 2020). Elle utilise le spectacle vivant et la musique comme activateur de liens sociaux et d’exploration du territoire.
Elle réside depuis 2015 à Marseille, et se passionne pour l’exploration du territoire et des marges urbaines. Avec la coopérative Hôtel du Nord, elle travaille à relier la création artistique et la sensibilisation au patrimoine urbain.

L’intervention de Chloé dans le cadre de la rencontre portera sur son travail au sein de la coopérative Hôtel du Nord.

Chloé Mazzani explique faire partie de la coopérative depuis 2019, qui existe quant à elle depuis 2010. C’est une coopérative d’habitants et d’habitantes (bénévoles), basé·es principalement dans les quartiers Nord de Marseille (14, 15 et 16e arrondissements) mais aussi dans d’autres quartiers comme, plus récemment, dans le centre-ville. La coopérative a de nombreuses activités, entre autres, la « fabrique » de balades, qui sont des explorations du territoire effectuées par les habitants et habitantes. La marche est donc un élément central, ainsi que la collecte d’informations, d’imaginaires et de récits par des enquêtes qui doit mener à la formation d’une nouvelle forme de récit collectif.

Le travail de la coopérative s’inscrit dans un cadre spécifique. Il suit tout d’abord la démarche impulsée par Christine Breton (une des fondatrices de la coopérative) qui, dans les années 1990, avait une mission en tant que conservatrice du patrimoine dans les 15e et 16e arrondissements, au moment où ces quartiers étaient touchés par des opérations de rénovation urbaine. Ces opérations étaient caractérisées par une démarche de destruction, sans réelle considération pour l’espace urbain. Les politiques publiques portaient peu d’attention aux transformations en train d’advenir et aux patrimoines en train de disparaître. En collaboration avec le conseil de l’Europe, Christine Breton a donc mis en place une mission de « patrimoine intégré », qui s’est intéressée aux éléments du patrimoine comme une ensemble. Il s’agit en effet de ne pas isoler un élément (par exemple singulariser une église et oublier le bâti « civil » autour), mais au contraire de considérer que chaque élément est « intégré », appartient à un ensemble. Il s’agit également de s’intéresser aux usages du patrimoine, et de ne pas le considérer seulement pour sa valeur historique ou architecturale. Ainsi pendant dix ans, Christine Breton a travaillé avec des habitant·es, des associations, des entreprises, etc. afin de collecter, répertorier et transmettre ce qui pouvait faire patrimoine selon les personnes qui vivaient véritablement dans les endroits concernés. Il y a eu ensuite des interventions extérieures d’architectes, d’urbanistes, d’artistes qui ont abouti à des publications, des créations artistiques et surtout à des classements et des nouveaux usages de ces espaces qui étaient soudainement pris en considération autrement.

L’autre élément important auquel la coopérative se réfère est la convention de Faro, ratifiée en 2005 par le Conseil de l’Europe. Cette convention s’appuie sur la déclaration des droits de l’homme de 1948 et sur les droits culturels et affirme le droit de chacun·e a s’impliquer dans le patrimoine culturel de son choix. Elle considère pour ainsi dire que le patrimoine est un droit et un outil qui doit permettre de mieux vivre, d’améliorer les conditions de vie des personnes présentes sur un territoire et celles des générations futures. Le patrimoine est donc pensé là non pas comme quelque chose de figé, mais comme en dialogue avec le présent, et qui doit participer au développement du processus économique, de l’action culturelle ou de l’aménagement du territoire.

Après avoir exposé ce cadre de travail, Chloé Mazzani détaille davantage la « fabrique » des balades d’Hôtel du Nord. Ces balades, pensées comme un point d’entrée important dans la question de la patrimonialisation, partent systématiquement des habitant·es elles·eux-mêmes, qui sont considérés comme les premiers experts – en tant qu’« experts d’habiter ». L’échelle considérée est celle du pied : les balades s’ancrent dans la marche, qui permet de prendre le temps de sentir les variations du paysage d’un territoire, et notamment sa dimension fragmentaire. Chloé cite l’exemple d’une balade réalisée plusieurs fois récemment, qui part de l’Estaque pour aller jusqu’au parc de Foresta (en dessous de Grand Littoral). Réaliser ce parcours à pied incite à prendre conscience des variations entre différents espaces pourtant adjacents : des petites rues qui rappellent un espace villageois à l’Estaque, à la remontée par les énormes ronds-points à trois voies, en passant par la grande traversée sous le point de l’Autoroute A51. Chloé explique que selon elle, explorer par la marche ces espaces qui ne sont aucunement pensés pour le piéton mais uniquement pour la voiture, permet de comprendre plus finement la logique d’aménagement qui les sous-tend. Cela permet également de faciliter la rencontre et les échanges au sein des groupes que forment les promeneurs, et qui grossissent souvent au fil des explorations pour former ce que les membres d’Hôtel du Nord appellent des « communautés patrimoniales » (qui s’agrègent ensuite à d’autres ou bien disparaissent).

Au départ, il y a l’intérêt pour un sujet. Des connaissances vont d’abord être collectées autour de ce sujet, notamment en rassemblant ce que les personnes présentes savent et souhaitent partager. Puis des recherches complémentaires vont être menées de différentes manières (en se rendant aux archives, en rencontrant des spécialistes, etc.). L’objectif étant de former une communauté de savoirs partagés en diffusant l’ensemble des éléments collectés parmi le groupe. Par exemple un projet qui utilise cette méthodologie est un projet autour du ruisseau des Aygalades, qui part de Septème-les-Vallons, change ensuite de nom lorsqu’il traverse la ville de Marseille et va ensuite se jeter dans la mer au niveau de la tour CMA-CGM. Il s’agit de s’intéresser à nouveau à ce ruisseau très pollué (pollution chimique et de détritus) pour en prendre soin, et se rassembler entre voisins reliés par ce cours d’eau pour en comprendre le fonctionnement et les enjeux. Dans ce projet, de nombreuses personnes interviennent dont des experts de différents domaines (microbiologie, urbanisme, horticulture, etc.). Un dimanche par mois, cette communauté se retrouve à la Cité des arts de la rue (qui est traversée par ce cours d’eau) et échange également avec le public présent lors de ces rencontres.

Chloé explique que dans le travail d’Hôtel du Nord, la question de l’institution est présente dès le début. L’objectif pour la coopérative n’est pas de se poser purement en marge ou de tourner le dos à l’institution, même si les récits recueillis sont souvent peu valorisés, voire contradictoires avec la « grande histoire ». Le choix de créer une coopérative plutôt qu’une association était justement de permettre une discussion plus égalitaire, dans une forme de collaboration avec les institutions – qui est également un des objectifs de la convention de Faro (créer du lien entre les acteurs institutionnels et les acteurs de territoire). Cela s’est concrétisé en 2009, lorsque la Mairie des 15 et 16e arrondissements de Marseille a été la première Mairie en France à ratifier la convention de Faro (la France, elle, n’est pas signataire). Cela a permis de créer des « commissions patrimoine », des moments réguliers de rencontre rassemblant des élus, des experts de différents domaines et des habitant·es autour de la question de la patrimonialisation. Ce processus s’est un peu essoufflé depuis mais continue de porter ses fruits lorsqu’il est réactivé.

Depuis peu, la coopérative expérimente une autre forme de collaboration avec l’institution qu’est le Musée d’Histoire de Marseille, en coopération avec l’association Noailles Debout, dans l’idée de faire entrer la mémoire des effondrements du 5 novembre 2018 à Noailles, dans la « grande histoire » de Marseille, montrée au Musée d’Histoire. Le musée lui-même a émis la demande d’être « envahi », souhaitant devenir un centre de ressource pour les habitant·es et les citoyen·nes. Cette collaboration prend la forme d’une convention signée avec le musée, afin que l’exposition qui sera produite puisse intégrer l’exposition permanente du musée, et puisse être évolutive.

Intervention de Ramzi Tadros

La seconde intervention de la rencontre est celle de Ramzi Tadros.

Ramzi Tadros est historien et bibliothécaire spécialisé sur l’histoire et la mémoire des immigrations; Fondateur et ancien directeur de l’Association Approches Cultures et Territoires.

Ramzi Tadros a travaillé, dans le cadre d’un projet collectif, à la patrimonialisation d’une maquette d’un bidonville de l’Estaque et à son entrée au Musée d’Histoire de Marseille. Ramzi revient sur ce processus dans sa présentation, et plus généralement à la façon dont on passe d’une trace à un patrimoine au sens institutionnel du terme, c’est-à-dire l’arrivée d’un objet patrimonial au Musée d’Histoire de Marseille. L’histoire de ce projet est complexe car elle se situe au croisement de plusieurs histoires, structures et personnes.

A l’origine de cette histoire se trouve donc une maquette réalisée par des architectes en 1996-1997 qui, face à la « réhabilitation » du quartier de l’Estaque et aux destructions qui avaient lieu dans ce contexte, avaient souhaité garder une trace d’un des bidonvilles, celui de Pasteur. A l’époque où le projet de patrimonialisation de cette maquette démarre, Ramzi travaillait pour l’association Approches Cultures et Territoires, qui menait un travail de collecte des ressources culturelles et patrimoniales sur les 15 et 16e arrondissements de Marseille. L’idée était alors de réaliser un catalogue (qui est paru en 2011). Une première journée sur l’histoire et la mémoire de ces quartiers, rassemblant plus de 25 associations, avait eu lieu et c’est au cours de cette rencontre que Ramzi Tadros avait découvert l’existence de la maquette du bidonville. Il ne recroise son chemin que deux ans plus tard, lorsque le directeur de l’école primaire du quartier l’appelle pour lui expliquer que la maquette se trouve dans son établissement mais qu’elle est certainement menacée de destruction, car l’école ne bénéficie pas des moyens nécessaires pour l’entretenir.

Image issue du powerpoint de Ramzi Tadros
Image issue du powerpoint de Ramzi Tadros

A cette époque, Ramzi était déjà en lien avec le Musée d’Histoire qui était en rénovation et souhaitait intégrer à son exposition permanente l’histoire de la ville de 1945 à nos jours, mais auquel il manquait de nombreux éléments concernant la question de l’immigration. Il en parle alors au musée, qui montre un intérêt certain pour la maquette. La question se pose alors de « comment faire entrer une maquette illégitime, dans les critères officiels et dans les collections du musée ? ». Le « subterfuge » alors imaginé, raconte Ramzi, fut de créer un projet culturel autour de la maquette, permettant de travailler sur l’histoire de la maquette, du quartier et du bidonville : la présence espagnole et italienne en 1943, la destruction du quartier en 1946 par l’armée allemande, jusqu’à la présence des travailleurs algériens dans les années 1950 qui vont « auto-construire » leur village. Ces travailleurs étant souvent des ouvriers du bâtiment, ils ont construit leurs propres maisons.

A ce moment-là, la Ville de Marseille commande un reportage photographique, qui met l’accent sur l’aspect « en ruine » du quartier, afin de justifier la destruction et la réhabilitation du quartier à venir. Dans le même temps, l’anthropologue Jacques Barrou réalise un travail de terrain très important sur ce quartier, qui donne lieu au texte « Genèse et évolution d’un village urbain », présentant un portrait du quartier aux antipodes de celui proposé par l’étude menée pour le compte de la Ville. Les recherches de l’association ACT continuent et ses membres trouvent également un grand nombre de photographies (réalisées par des journalistes mais aussi par les habitants eux-mêmes) montrant des fêtes dans les écoles locales, des mariages, des habitant·es dans la rue, etc. La maquette, venait ainsi cristalliser la riche histoire de ce quartier.

La question se pose alors du lieu où la maquette, porteuse de ce pan de l’histoire du quartier, devrait être conservée ? Devrait-elle entrer au musée d’histoire ? Devrait-elle plutôt rester dans le quartier, et si oui, où pourrait-elle être conservée ?

Les débats suscités sont très houleux, provoqués en partie par ce que Ramzi Tadros appelle les « égo musées », c’est-à-dire des personnes qui se considèrent elles-mêmes comme seul·es représentant·es légitime de l’histoire d’un quartier…

L’intégration de la maquette dans les collections du musée d’histoire a pourtant finalement lieu. Une carte interactive est réalisée en ligne, permettant de rassembler tout le matériau qui a été collecté autour de la maquette (fruit d’enquêtes orales, cartes, documents, films, portraits de chercheurs, architectes, etc.). Elle est consultable ici.

Une question centrale dans ce projet pour Ramzi Tadros est celle de la légitimité et de l’illégitimité. ACT s’est positionné d’emblée non pas comme un acteur de terrain mais comme un centre de ressource. De nombreux autres acteurs sont intervenus dans le projet : le GIS IPAPIC, le cabinet d’architectes, etc. La question de la légitimité de chacun des acteurs était importante, car chaque acteur du projet était essentiel pour que ce projet de patrimonialisation aboutisse.

Gilles Suzanne – « Du patrimoine aux patrimoines : retours sur une action-recherche »

[ Se référer à l’article de Gilles Suzanne, en ligne ici

Gilles Suzanne est enseignant-chercheur en esthétique et sciences des arts, responsable de formations en médiation culturelle des arts d’Aix-Marseille Université. Ses recherches, au sein du Laboratoire d’Études en Sciences des Arts (UR 3274) portent sur les conditions et les limites de l’expérience sensible. Elles s’intéressent aux théories et aux pratiques de la médiation culturelle des arts, aux scènes artistiques sur le pourtour sud de la Méditerranée, aux patrimoines et aux poésies expérimentales. Il a publié de nombreux articles et rapports de recherches sur ses sujets et leur a consacré différents ouvrages, personnels et collectifs, ainsi que des revues. Entre autres, A fond de cale. Un siècle de jazz (Wild project, 2012) ; La Poésie à Outrance. À propos de la poésie élémentaire de Julien, Les Presses du Réel, 2015 ; La cinquième feuille. Aux sources de l’écrire et du dire, Les Presses du Réel, 2020 ; La médiation de la CSTI (OCIM, 2017). Il est, par ailleurs chercheur associé à l’IMEC, responsable au fonds Julien Blaine.

Dans sa présentation, Gilles Suzanne s’intéresse à l’interaction entre des patrimoines dits « alternatifs » et d’autres formes de patrimoine plus institutionnels, formés « par le haut ». Autrement dit des patrimoines qui ne passent pas à côté de l’institution mais qui ne passent pas seulement par elle.

Son intérêt pour cette question a débuté car il lui semblait que des choses « coinçaient » à plusieurs niveaux. D’abord au niveau du patrimoine, car il rencontrait des acteurices qui travaillaient sur des patrimoines qui n’étaient pas reconnus comme tels par l’institution. Mais également du côté de l’institution où il observait aussi des formes de blocage : elles essayaient de fonctionner autrement, cherchant à donner une place plus grande à des artistes, des acteurs associatifs, etc. Il semblait enfin à Gilles Suzanne qu’il existait un manque, au niveau de la bibliographie sur le patrimoine, pour décrire ce qu’il observait, ce que ces personnes qu’il observait essayaient de faire entre elles, pour valoriser des mémoires des évènements, etc.

Il lui semblait donc qu’il fallait élaborer une nouvelle manière de parler de ces pratiques autour du patrimoine, mais également de définir le patrimoine.

Il est, selon lui, assez difficile de décrire ces formes de patrimoines « alternatifs » qui s’élaborent au sein de collectifs, cependant plusieurs éléments peuvent être avancés :

  • Il y a une dimension collective dans ces patrimoines. Ils ne sont pas exclusifs ni à l’institution ni à des acteurs « officiels » du patrimoine. Ils reposent sur une expertise citoyenne, sur une multiplicité d’acteurs qui se rencontrent pour échanger sur un objet patrimonial
  • Il est transversal. Autour de ces patrimoines, des porosités s’installent entre plusieurs mondes qui n’étaient pas forcément prédestinés à se rencontrer
  • Ces patrimoines permettent de réinjecter des éléments qui ont été « perdus en route » dans une présentation lisse du patrimoine. Ils permettent de remettre dans un processus d’urbanisation comme celui de l’Estaque (décrit par Ramzi Tadros) des éléments comme des mémoires d’habitant·es. Il permet ainsi de renouer le rapport entre l’histoire et le passé. Le passé n’est plus simplement décrit par un rapport à l’histoire. C’est ce que Gilles Suzanne appelle une « hétérogénèse » du patrimoine. Ce sont des patrimoines mutants, constitués de choses multiples et variées.
  • Ces patrimoines permettent de faire apparaître des faits, des lieux, des mémoires, comme des lieux de confrontation entre des points de vue. L’objectif n’étant pas que tout le monde soit d’accord mais, au contraire, de faire émerger ce qu’il pouvait y avoir de patrimonial de manière critique. Gilles Suzanne souligne que cela est un élément important de définition de ces patrimoines : ce sont des patrimoines critiques. Ils amènent nos points de vue à une limite critique en nous incitant à questionner nos représentations préalables du patrimoine. Et ces confrontations de points de vue permettent aux différents acteurs de se construire en tant que sujet. La réflexion sur le patrimoine qui est menée dans les collectifs citoyens (comme ceux décrits par Ramzi Tadros et Chloé Mazzani) permettent de passer d’une conception existentialiste du patrimoine, à une conception essentielle de celui-ci. Il s’agit de se remettre au travail sur soi, et de remettre la culture au travail sur elle-même.

Gilles Suzanne aborde enfin la question de la légitimité de ces patrimoines, qui est selon lui en négociation au travers de ces projets collectifs (qui permettent ainsi de déplacer le curseur entre ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas) et celle de la responsabilité des acteurs impliqués. Ces acteurs et actrices prennent la responsabilité de travailler sur des faits qui ont marqué l’histoire mais qui ne sont pas au cœur de la « grande histoire ». Gilles cite l’exemple d’un projet sur lequel il a travaillé autour de l’histoire du quartier marseillais de la Belle de Mai, au sein duquel il s’agissait de se pencher sur la mémoire des femmes syndicalistes et comment cette mémoire pouvait être réinjectée dans l’histoire « officielle » de ce quartier. L’histoire de l’industrie de ce quartier pouvait ainsi être revisitée par un prisme jusque-là peu exploré. Or, la production de connaissances ainsi permise, de même que la possibilité d’inventorier et de classer ce qui constitue le patrimoine confère nécessairement un pouvoir. Ainsi, ces formes alternatives de patrimoines permettent une déhiérarchisation des pratiques patrimoniales.

Le cycle est organisé grâce au soutien financier de la DRAC de la Région Provence-Alpes-Côtes d’Azur et en partenariat avec l’Université d’Aix-Marseille, et l’association Med Arts.

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