Compte rendu de Rencontre

Compte-rendu de la Rencontre muséo Bretagne « Se soucier de » – 11 janvier 2022.

[Illustration : Hiroshige Utagawa, De Jumantsubo vlakte te Susaki bij Fukagawa, 1857, Amsterdam, Rijksmuseum, Collection en ligne]

Liautard, Maïlys / Guirec, Zeo

Le 11 janvier 2022 se tenait au Musée de Pont-Aven et sur Zoom la première séance du cycle de Rencontres muséo « Mieux être au musée », intitulée « Se soucier de ». Au programme : comment les musées intègrent en pratique l’éthique du care, à travers le souci de leurs publics, mais aussi de leurs équipes. Cet article propose une synthèse des interventions de Sophie Kervran, Claire Cesbron et Anne Lavieille , en complément de l’article de Guirec Zéo .


Guirec Zéo – « Le caring museum »


En prélude à cette rencontre et au cycle dans son ensemble, Guirec Zéo a rappelé la définition de la notion de care, à partir des réflexions pionnières de Carol Giligan et Joan Tronto, avant de retracer l’émergence de l’expression « caring museum ». Depuis The caring museum d’Hamish Robertson (2015) jusqu’à l’article d’Adeline Rispal (2020), en passant par le Musée des Beaux-Arts de Montréal, cette généalogie l’a amené à proposer une définition du caring museum : un espace inclusif, où sont développées des médiations adéquates (adaptées aux réels besoins des publics), voire thérapeutiques, visant le mieux-être des usagers (appréhendés de façon holistique). Ce sont ces différentes facettes du caring museum que Guirec Zéo s’est attaché à éclairer au fil de sa présentation, tel un tour d’horizon, à retrouver sous forme d’un article détaillé ici .


Sophie Kervran – « Le musée est un lieu où l’on doit se sentir bien »


« Non, le musée n’est pas qu’une rangée de chiffres, symbole de records de fréquentation […] Oui, le musée est bien un lieu où on doit se soucier de : se soucier de l’environnement […] ; se soucier de la diversité, de la parité […] ; se soucier de ceux qui sont loin de la culture ; se soucier de la sécurité et du bien-être du public » mais aussi « se soucier des agents ». Conservatrice et directrice du Musée des musées de CCA – Musée de Pont-Aven et Musée de la Pêche à Concarneau, Sophie Kervran a fait part de sa conception du musée et de son rôle éminemment social, plaçant le « souci de l’autre » au cœur de sa politique des publics, mais aussi du management des équipes. Car le care commence dès l’entrée du musée et l’accueil par les agents. Or, « pour que les visiteurs se sentent bien, il faut que les agents eux-mêmes se sentent bien ». A titre d’exemple, Sophie Kervran cite le projet « Réserve, ouvre-toi », mené au Musée de Pont-Aven en 2020, qui a réuni les publics et les agents dans la création d’une exposition participative et partagée.


Plus largement, le poster « Un musée pour tous ! » récemment produit par l’ICOM/CECA sert de référence aux équipes, de même que le Manifeste pour un musée des beaux-arts humaniste du MBAM (2016). Sophie Kervran rejoint Nathalie Bondil dans sa définition du musée comme « un lieu de bienveillance, où peut s’activer l’empathie des uns envers les autres, et de soi à soi ». Aux yeux de la conservatrice, « Le musée est un lieu où l’on doit se sentir bien : ce n’est pas une église qui exige le silence, ce n’est pas une salle d’écrans où l’on est hyper stimulé ; dans un musée, on peut aussi bien méditer plusieurs heures devant un tableau, ou en discuter entre visiteurs… »


Claire Cesbron – « Se soucier… le rôle d’un service des publics »


Accorder « une attention permanente aux publics, et à chaque visiteur », telle est la mission qu’assigne Claire Cesbron au service des publics dont elle est responsable, pour les musées de Pont-Aven et de la Pêche à Concarneau. Cette attention se décline à plusieurs niveaux, à commencer par l’architecture même du musée. Le service des publics a en effet été associé à la réflexion sur l’accessibilité du bâti, à l’occasion du chantier de rénovation du Musée de Pont-Aven en 2013-2016. Ce dernier s’est accompagné d’un Copil sur « l’accueil de tous », associant des publics en situation de handicap, afin de répondre au mieux aux besoins spécifiques et de « supprimer les obstacles à la pratique du musée ». Ce « souci de chacun » se retrouve aussi dans la mise à disposition de matériel et d’outils d’aide à la visite adaptés, des sièges aux visioguides en LSF en passant par les parcours FALC ou famille.


De même, il s’agit d’« adapter les propositions de médiation aux différentes attentes », et cela passe notamment par la rencontre de professionnel.le.s d’autres services (notamment du soin, du handicap, de la réinsertion sociale) – en particulier dans la dynamique du hors-les-murs, mais aussi pour mieux accueillir in situ. En décembre dernier a ainsi eu lieu une rencontre co-organisée par le service des publics et la MDPH du Finistère, « L’art d’être différent : lien entre art et handicap ». Enfin, Claire Cesbron note une évolution des projets menés, qui intègrent toujours plus les publics, « écoutés et même acteurs ». C’est par exemple la création d’une visite virtuelle avec des jeunes de la Mission locale, devenus de véritables « collègues » le temps du projet : le musée apparaît alors comme un lieu de valorisation de leurs compétences, d’épanouissement et de socialisation.


Anne Lavieille – « Garder à l’esprit l’équilibre employeur/agent/usager »


Responsable administrative et financière des musées de CCA, Anne Lavieille pilote notamment l’équipe d’accueil des musées. En matière de management, elle souligne le choix de la polyvalence des agents (accueil, billetterie, librairie-boutique, surveillance, sécurité), et de fait l’importance de l’information (une réunion mensuelle pour leur donner l’actualité de la programmation et des collections) et de la formation (formation individuelle mais aussi collective, en particulier à l’accueil des personnes en situation de handicap, ou encore à l’égalité femmes/hommes). En parallèle, une démarche « Bien être au travail » a été mise en place par l’Agglomération, donnant lieu entre autres à des journées de « cohésion d’équipe ». Au sein des musées, un diagnostic sur le temps de travail a été conduit par un cabinet extérieur, avec une consultation et une implication directe des agents. Anne Lavieille en retient l’importance de « garder à l’esprit le triptyque et l’équilibre employeur/agent/usager », en se mettant à la place de chacun.


L’ensemble contribue à la fois au mieux-être des agents au travail, mais aussi à la qualité de l’accueil des visiteurs, pour laquelle les musées ont d’ailleurs obtenu le label « Qualité Tourisme ». Cette marque d’État est décernée pour 5 ans, à la suite d’un audit recourant à un « visiteur mystère », qui reconnaît : un accueil chaleureux, un personnel attentif, la maîtrise des langues étrangères (le prêt d’audioguides gratuits en 7 langues a été mis en valeur), des informations claires et précises (ici la signalétique du parcours a été saluée), la propreté et le confort des lieux, la prise en compte de l’avis et l’« écoute client ». Ce dernier aspect, appelant une démarche d’évaluation, a particulièrement été développé dans le cadre de l’obtention du label, avec l’idée de « toujours se remettre en question », pour être « toujours plus accessible et inclusif ».

L’équipe de Mêtis remercie à nouveau le Musée de Pont-Aven pour son accueil, les trois intervenantes, et le public présent sur place comme à distance. Retrouvez l’intégralité de la rencontre sur la chaîne YouTube de Mêtis !

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