Compte rendu de Rencontre

« Le Musée Recopié » et « L’Atlas des sociétés futures », des performances muséographiques participatives présentées par Simon Gauchet.

Liautard, Maïlys / Gauchet, Simon

[Image : extrait du film réalisé par Julien Mignot pour « Le Musée Recopié » au Musée des beaux-arts de Rennes]

Revenant en détail sur l’intervention de Simon Gauchet lors des Rencontres Muséo du 26 janvier 2021, cet article complète le compte-rendu de cette 1ère séance du cycle consacré à « La participation au musée ».  Avec l’École parallèle imaginaire dont il est co-fondateur, Simon Gauchet a imaginé des « performances muséographiques » visant une réappropriation collective, active et vivante des collections des musées – de beaux-arts avec « Le Musée Recopié », mais aussi de société avec « L’Atlas des sociétés futures ». Sa présentation a retracé l’origine, les objectifs et le déroulement de ces performances-expériences participatives. 

L’École parallèle imaginaire

Acteur et metteur en scène, Simon Gauchet est le co-fondateur et directeur artistique de l’École parallèle imaginaire, une structure de création née en 2011 des réflexions d’étudiants en écoles de théâtre, d’art, d’architecture, sur la notion de pédagogie en matière d’art. Convaincus que « l’on apprend par empirisme », les « maîtres-élèves » de cette École inventent alors leurs propres « protocoles d’expériences », à la croisée de plusieurs disciplines. Le musée leur apparaît comme un « terrain de jeu » idéal pour mener ces expérimentations, auxquelles ils souhaitent ensuite convier des publics-participants : c’est dans ce cadre qu’émergent Le Musée Recopié puis L’Atlas des sociétés futures, découlant de « l’envie de mettre au centre le participant, le visiteur ou le spectateur ». 

Le Musée Recopié

A l’origine de cette « performance muséographique », une observation : celle du regard des visiteurs épiant furtivement par-dessus l’épaule d’un copiste, nouant alors un « dialogue nouveau » avec l’œuvre originale. Puis une question : « Qu’est-ce que cela provoquerait de convier un groupe d’une centaine de copistes à recopier l’intégralité des collections permanentes d’un musée en une (ou deux) journée(s) ? » Quelle serait l’expérience des copistes, face à une œuvre pendant bien plus des 9 secondes habituelles (!), mais aussi celle des visiteurs assistant à la performance, face aux collections « renaissant » sous leurs yeux ?

Tel est le concept du Musée Recopié, qui invite des copistes amateurs volontaires, de tout âge, avec ou sans expérience en dessin, à prendre part à ce défi collectif. Des « protocoles » de copie sont proposés, permettant aux participants de se rencontrer, de dessiner ensemble, à quatre voire six mains ! La performance s’accompagne en outre d’un accrochage participatif des copies réalisées, baptisé Musée imaginaire du XXIe siècle : plus que simple regardeur, chaque visiteur est encouragé à devenir commissaire de cette exposition en permanente évolution, où les copistes peuvent à leur tour jouer le rôle de médiateurs.

Créée au Musée des beaux-arts de Rennes en 2016, l’expérience a été renouvelée dans tous les musées d’art bretons en 2018, puis en 2019 au Musée de Valence. Chaque fois, la performance attire un public nombreux (participants comme spectateurs, dont certains découvrant le musée pour la première fois), et, surtout, donne lieu à une « réappropriation » à la fois collective et personnelle, vivante, joyeuse et intergénérationnelle, du musée et de ses collections. « On oublie souvent que les collections d’un musée municipal appartiennent à la ville et donc à ses habitants », souligne Simon Gauchet : c’est cette appartenance que réactive cette performance, « à l’heure des droits culturels », donnant à chacun « la légitimité » de (ré)interpréter une œuvre mais aussi de produire une œuvre au sein d’une institution muséale. Le Musée Recopié offre ainsi au sein du musée un espace à la fois de création et de « transmission informelle », d’observation et de compréhension intime des œuvres : en d’autres termes, une appropriation active d’un patrimoine artistique commun. 

L’Atlas des sociétés futures

C’est un même objectif que poursuit L’Atlas des sociétés futures, dans le cadre cette fois-ci d’un musée de société : conçue pour le Musée de Bretagne, cette performance vise à rendre les visiteurs « acteurs des traces de leur passé ». L’expérience participative prend ici la forme d’une fiction : les participants se font ethnologues dans des réserves recréées pour l’occasion, où leur sont confiés des objets issus des collections du musée, présentés comme non identifiés. A chacun d’étudier et d’imaginer l’histoire de « son » objet, avant d’inventer ensemble une société « parallèle » à partir de ces traces matérielles mises en récit. Cette recherche collective fictive questionne le rôle même d’un musée de société, le choix et le sens des objets qu’il présente, les récits qu’il construit : avec L’Atlas des sociétés futures, le musée devient le lieu d’une réflexion sociétale à laquelle chacun peut contribuer, avec son propre point de vue. 

Retrouvez l’intervention de Simon Gauchet ainsi que la rencontre du 26 janvier 2021 enregistrée dans son intégralité sur notre chaîne YouTube. 

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