Feuille avec douze représentations de motifs différents pour un ballet équestre (carrousel).
Compte rendu de Rencontre

Rencontres Muséo IDF –  « Les publics des expositions en lignes : univers culturels et registres de réception ».

[ Illustration : Stefano della Bella, Paardenballet, 1620 – 1664, gravure, Amsterdam, Rijksmuseum, Collection en ligne, Rijkstudio ]

Appiotti, Sébastien

Le 29 mars 2022 s’est tenue la troisième séance des Rencontres Muséo IDF – “Les expositions en ligne”. La séance a réuni jusqu’à 30 professionnel•le•s et chercheur·se.s autour des publics d’expositions en ligne à la Bibliothèque nationale de France (BnF) et sur Zoom. Vous trouverez ci-dessous un compte rendu des trois interventions de la soirée. La captation de la rencontre est également disponible sur la page Youtube de Mêtis

La séance est introduite par Sébastien Appiotti, co-commissaire du cycle, maître de conférences au CELSA – Sorbonne Université et chercheur au laboratoire GRIPIC. 

Cette séance prolonge les deux précédentes sur les formats comme les pratiques professionnelles des expositions en ligne en proposant d’explorer cette fois-ci les univers culturels et pratiques des publics d’exposition en ligne, à partir de réflexions théoriques et de cas d’étude concrets. Ces interventions permettent de mieux saisir les méthodologies utilisées pour saisir les pratiques en ligne des publics, leurs motivations de visite et la transformation de l’expérience esthétique et du rapport aux œuvres. 

Jasmina Stevanovic – Pratiques alternatives à la fréquentation des patrimoines 

Jasmina Stevanovic expose dans son intervention quelques résultats issus d’une enquête quantitative menée pendant le premier confinement lié à la crise sanitaire au printemps 2020. Cette dernière a été menée auprès d’internautes ayant consulté des contenus à caractère patrimoniaux, dans un contexte de totale fermeture des institutions patrimoniales. 

L’objectif de cette enquête a été d’identifier les usages et la réception de ces contenus par les internautes autour de quatre axes analytiques complémentaires : 

  • les profils des publics (1788 personnes) ayant répondu à l’enquête ; 
  • les motifs de consultation des contenus en ligne et les attentes des publics ; 
  • les mécanismes de réception des contenus ; 
  • la mise en rapport des pratiques pré-confinement et pendant le confinement 

Jasmina Stevanovic communique ensuite quelques données de profilage à propos de ces publics : 73% sont des hommes, âgés en moyenne de 52 ans et 67% des répondants appartiennent à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures. Il existe par ailleurs une corrélation importante entre le capital de familiarité patrimonial et le fait de suivre en ligne sur les réseaux sociaux les comptes d’établissements patrimoniaux. 

Cette enquête permet également d’avoir accès aux publics des expositions virtuelles pendant le premier confinement : ce type de contenus est consulté majoritairement par des femmes (75%), âgées (83% de retraité·e·s), très familières de la visite au musée (78%) et qui ont consulté des éléments relevant plutôt des beaux-arts (83%) et de l’art moderne et contemporain (84%). 

Les registres de la satisfaction des répondants permettent d’identifier les attributs qualifiant les visites d’exposition en ligne, telles que l’accessibilité, la découverte, la richesse ou encore la diversité des contenus. A contrario, les registres de l’insatisfaction insistent plutôt sur la qualité technique des contenus, la relative absence de médiation en ligne et les inégalités de contenus disponibles selon la taille de l’établissement patrimonial. 

Marie-Laure Bernon – Expériences culturelles des publics des expositions en ligne

Marie-Laure Bernon s’appuie de son côté sur l’enquête ministérielle Pratiques culturelles, qui pour la première fois a posé des questions en 2018 aux répondants sur leurs pratiques culturelles en ligne. 

L’étude que la chercheuse mène comporte deux grands volets : 

  • l’un quantitatif, identifie les univers culturels et profils de publics  ; 
  • l’autre qualitatif, s’intéresse plutôt à la réception des visites d’exposition en ligne dans plusieurs domaines : littérature ; peinture ; sciences et technique ; histoire. 

Parmi les premiers résultats de cette enquête, Marie-Laure Bernon montre par exemple qu’il existe un lien fort entre la fréquentation des visites en ligne et le fait de partager un univers dit d’“éclectisme muséal” : lus les individus visitent des genres muséaux différents, plus ils visitent des expositions en ligne. 

À partir d’une analyse des correspondances multiples, la chercheuse esquisse quatre types de profils des pratiquants de visites en ligne en cours d’élaboration : 

  1. les éclectiques cultivés numériques, plutôt jeunes et insérés dans des ménages à dominante cadre : ils cumulent l’ensemble des activités culturelles en ligne et la fréquentation de musées de peinture et sculpture, de l’Antiquité jusqu’au début du 20e siècle, et d’art moderne ou contemporain ;
  2. les éclectiques cultivés classiques  plus âgés et en ménage cadre : ayant peu de pratiques culturelles en ligne, ils fréquentent tous les types de musées proposés ;
  3. les modérés numériques : adoptant un univers culturel éloigné des musées, ils se montrent curieux des activités culturelles en ligne ;
  4. les non-publics in situ : plutôt ruraux, ils présentent une appétence pour l’offre muséale sur Internet, notamment dans le cadre de l’accompagnement scolaire des enfants.

Marie-Laure Bernon propose également d’éclairer les pratiques de la visite d’exposition “en régime web”. Elle montre notamment que la visite en ligne est plus fragmentée qu’in situ, et que la visite physique est pensée par les répondants comme étant irremplaçable, pour des raisons cependant différentes selon les publics. Chez les cultivés numériques, la visite en ligne relève par exemple d’une recherche d’expérience  solitaire et d’une médiation individualisée des œuvres. 

La réception des visites en ligne varie également fortement selon le type de collections du musée. 

Yann Emery – L’exemple du musée de Préhistoire d’Ile-de-France

Yann Emery commence par présenter le musée de Préhistoire d’IDF, situé à Nemours en Seine-et-Marne. Le musée est de taille modeste, avec un parcours permanent et une salle d’exposition temporaire, numérisée pour la première fois pendant la crise sanitaire. Son public est essentiellement composé de jeunes (public scolaire) et de familles. 

La place du numérique au sein du musée est qualifiée de plutôt récente : Yann Emery rappelle qu’en 2014-2015, le département de Seine-et-Marne a porté un projet de développement de dispositifs numériques au sein des musées du département : ses réflexions ont contribué à la mise en place d’une visite d’exposition en ligne au musée de la Préhistoire. 

Yann Emery revient par la suite sur la numérisation de l’exposition “Les Sénons”, première expérience de ce type au musée de la Préhistoire. Cette dernière a été dévoilée au public en juin 2020 ; de son côté, les collections permanentes ont été accessibles sous forme de visite en ligne à partir d’octobre 2020. Faisant le constat d’un sentiment de solitude et d’une relative absence de médiation face aux œuvres, le musée de Préhistoire de Nemours a privilégié la “visite guidée à distance” pour conserver du lien avec ses publics scolaires, familiaux, mais aussi empêchés (EHPAD). Pour Yann Emery, les visites en ligne ont été pensées comme un moyen d’élargir l’audience du musée au-delà du public dit de “proximité”, par exemple en direction des écoles franciliennes éloignées du musée. 

Plusieurs enquêtes de publics ont alors été menées : 

  • en juillet 2020, auprès de 22 classes d’école primaire ayant participé aux visites guidées à distance ; 
  • en mars 2021, auprès des enseignants et des publics ayant participé aux visites entre novembre 2020 et février 2021. 92% des enseignants interrogés déclarent par exemple être prêts à reconduire une visite guidée à distance, quand bien même le musée a depuis réouvert ses portes. 

Le musée de Préhistoire souhaite conserver cette offre de visite guidée à distance, en la déclinant de façon différenciée auprès des scolaires (offre pour les écoles éloignées ; offre complémentaire à la visite du musée), du public individuel (expositions temporaires ; programmation culturelle) et des groupes d’adultes (EHPAD, hôpitaux, prisons, association, etc.). 

Bibliographie / ressources 

EMERY Yann (2021). « D’un confinement à l’autre. Récit d’une expérience de médiation à distance », Lettre de l’OCIM [En ligne], 194. URL : http://journals.openedition.org/ocim/4253

LOMBARDO Philippe, WOLFF Loup. (2020). Cinquante ans de pratiques culturelles en France. Paris : Culture études. URL : https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-de-synthese/Culture-etudes-2007-2022/Cinquante-ans-de-pratiques-culturelles-en-France-CE-2020-2 

Guide méthodologie sur les études de publics, Ministère de la culture, 2020. URL : https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Musees/Pour-les-professionnels/Rendre-les-collections-accessibles-aux-publics/Assurer-la-mediation-aupres-des-visiteurs/Guide-methodologique-sur-les-etudes-de-publics

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