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 « Voir le musée autrement » – Compte rendu des interventions du samedi 20 novembre 2021.

[Illustration : Hubert Robert, La Fontaine, XVIIIe siècle, Musée Cognacq-Jay, Collection en ligne, Paris Musées]

Girard, Pénélope

Ce dossier se propose de rendre compte des réflexions émises lors des journées d’étude organisées par le Centre Norbert Elias et par la revue Culture & Musées au MuCEM. Élaborées dans le cadre des 30 ans de la revue et de la préparation d’un numéro spécial anniversaire, ces deux journées d’études visent à ouvrir le dialogue autour de la question de l’avenir des institutions muséales. Secoués par la crise sanitaire, les avancées sociales ou bien l’évolution de la consommation culturelle, les musées vivent actuellement un tournant important. Ces journées réunissent alors plus d’une trentaine de chercheurs de disciplines et de nationalités différentes ainsi que plusieurs professionnels de la culture, français comme étrangers. Retrouvez le programme des journées sur ce lien. Retrouvez nos autres comptes rendus :

La journée de samedi s’est organisée autour de deux ateliers thématiques : imaginer le musée du futur à travers le prisme de la littérature, du cinéma ou bien de nouveaux formats artistiques et penser le musée comme un laboratoire professionnel.       

« Imaginer le musée du futur »

Ce premier atelier de la journée, encadré par Eric Triquet (Professeur, AU) et Marie-Sylvie Poli (Professeur émérite, AU) propose ainsi d’ouvrir le champ des possibles en se tournant vers la création artistique, afin de mieux appréhender le musée du futur. 

Une première intervention, présentée par Barbara le Maître (Université Paris Nanterre), Jennifer Verraes (Université Paris 8) et Natacha Pernac (Université Paris Nanterre), interroge la figure muséale par le prisme du médium cinématographique. Comment ne pas penser alors au Syndrome de Stendhal de Dario Argento ou bien à L’Année dernière à Marienbad d’Alain Robbe-Grillet qui s’ouvre sur une voix-off aux allures d’audioguide. Ainsi, le cinéma et le musée partagent la notion d’immersion au travers de la contemplation, d’un crescendo de sensation et du fameux choc esthétique. 

La suite de l’atelier porte sur la place du musée au sein de la littérature imagée, principalement celle tournée vers la jeunesse. Anne Chassagnol (Université Paris 8) et Caroline Marie (Université Paris 8) rappellent à juste titre le rôle de la littérature imagée dans l’imaginaire collectif autour du musée. Le musée est souvent dépeint comme un lieu secret qui dévoile ses mystères à la faveur de la nuit et qui, bien qu’ouvert au public, cache une grande partie de ses collections en réserves. Le plus bel exemple de ce mystère étant La nuit au musée de Milan Trenc. Le musée est également le lieu  des introspections et de la découverte de soi pour un enfant, un lieu qu’il pourra s’approprier, citons ici The museum of Me d’Emma Lewis. Enfin les livres pour enfants sont le théâtre d’expérimentations et de réflexions, pouvant nous mener vers un musée plus inclusif.

 

Présentation d’Anne Chassagnol et de Caroline Marie – Photographie Pauline Grison

Par la suite, Frédéric Joulian (EHESS) se propose de définir un musée du futur, un musée idéal tant dans sa forme que dans son contenu. Ainsi l’espace muséal, l’espace de déambulation se retrouve au centre de sa réflexion et la relation public/œuvre semble ainsi essentielle.

Puis, Ludovic Maggioni (Directeur du Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel), Marc Atallah (Directeur de la Maison d’Ailleurs « musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires ») et Patrick Corillon (Artiste plasticien) présenteront comment, au travers d’expérimentations, de médiations décalées et d’humour, ils ont su incarner une « culture vivante » et ce malgré la situation incertaine que nous vivons. Retrouvez ainsi la vidéo du non-vernissage de l’exposition Sauvage au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, la bande-annonce du Numerik Games Festival 2021 à la Maison d’Ailleurs ou encore les trotteuses de Patrick Corillon.

Enfin, et même si son intervention arrive au milieu de l’atelier, Jean-Pierre Esquenazi (Université Lyon 3) nous rappelle, avec humilité, l’imprévisibilité de l’avenir. Il cite ainsi les élections Allemandes du 20 mai 1928, qui voyaient les socialistes caracoler loin devant le parti Nazi. L’histoire que nous connaissons à présent est bien différente. À défaut de connaitre le futur, il nous faut « penser le présent comme une série de passés problématiques ».

« Le musée comme laboratoire professionnel : dynamiques, inventivités et carrières »

Ce deuxième atelier se penche, lui, sur les nouveaux horizons professionnels du musée. Encadré par Isabelle Brianso (MCF, AU) et Anik Meunier (UQAM), ce dernier axe tente de définir l’évolution des métiers de la culture à la lumière de l’évolution des pratiques, des professions ou bien des formations à la muséologie ou à la médiation. 

Une première intervenante, Vanda Vitali (Directrice de l’Association des Musées Canadiens), nous explique ainsi que si les gouvernements n’ont pas toujours souhaité se lancer dans une politique muséale forte, la période de crise que nous vivons actuellement à accélérer le développement des consciences tout en exagérant  les inégalités. Un tel contexte, du moins en Amérique du Nord, a permis aux musées de se pencher sur d’importants enjeux sociaux, comme le changement climatique, l’éducation ou bien la justice sociale.

Par la suite, c’est Marie-Clarté O’Neill (École du Louvre, ICOM-CECA) qui nous propose de faire un point sur la situation quant à la situation des formations pour les professionnels de la culture. Son expérience au sein de l’École de Louvre, mais aussi de l’ICOM lui permet de mettre en lumière spécificités, richesses ou bien pesanteurs. Par exemple, les conservateurs français sont connus pour suivre une formation de dix-huit mois après l’obtention de concours, cela même si peu d’entre eux ont un doctorat. Ce dernier point peut limiter l’insertion du conservateur dans la sphère scientifique et encore plus à l’international, en Allemagne notamment où il faut bien souvent deux doctorats.

Ensuite, Rachel Suteau (Conservatrice du Patrimoine, AGCCPF), présente les résultats d’une enquête concernant les métiers de la culture en France. Ce qui ressort de cette enquête, Rachel Suteau le désigne comme « une impossible photographie des professionnels des musées en France ». Il n’est en effet pas possible de cartographier le nombre de musées exact en France, hormis les 1222 Musées de France recensés en 2021. On remarque également une augmentation de la polyvalence des métiers du musée accompagnée d’une externalisation d’un certain nombre de missions (scénographie, visite guidée, PSC, etc). Pour finir et selon Rachel Suteau, les institutions culturelles devraient tendre vers un meilleur ancrage territorial et une meilleure compréhension de l’écosystème du musée.

L’atelier se poursuit par l’intervention de Noémie Couillard qui souhaite alors interroger les dispositifs numériques au sein des musées : sites internet, audioguides, bornes multimédia, etc. Plutôt que d’étudier l’usage des publics, elle décide d’interroger la conception de ces dispositifs. Ainsi, la conception des dispositifs numériques est bien souvent organisée autour du genre. Là où les hommes travaillent sur les dispositifs techniques, les femmes sont cantonnées à la rédaction des contenus de médiation. Ainsi, il serait intéressant de se pencher un peu plus sur l’organisation du travail et des échanges au sein du musée pour mieux comprendre les discours transmis par les dispositifs. 

Enfin, cet atelier se termine par l’intervention de Antonella Poce (Università degli Studi di Modena), qui  présente les résultats d’une enquête de visiteurs visant à établir un lien entre les préférences artistiques et les caractéristiques personnelles des visiteurs de musée. Des tests préliminaires ont ainsi montré qu’il y aurait une corrélation entre les niveaux d’extraversion, les préférences artistiques et les façons d’utiliser le musée. Une affaire à suivre donc, afin de proposer  la meilleure expérience possible au sein du musée.

The Museum of Me – Livre d’Emma Lewis

Conclusion 

Au moment de clôturer ces journées d’étude, Jean Davallon (AU) rappelle la dimension paradoxale de l’exercice. Tenter de prévoir l’imprévisible se révèle totalement inopérant du point de vue de la réalité, mais un exercice fondamental et stimulant du point de vue de la réflexion. Il pose alors deux constats : 

  • Alors que nous avons pendant longtemps tenté de mieux connaitre les publics des musées, les yeux des chercheurs et des professionnels se tournent à présent vers le musée en lui-même et vers les personnes qui l’habitent.
  • Les institutions culturelles sont inquiètes. Soumises aux critiques, elles redoublent d’imagination et d’inventions. Par le « désamorçage de nombreuses intrigues, elles amènent des métaphores, des images impertinentes, d’une plus grande richesse ».

Jean Davallon conclut ainsi les journées d’étude en posant quatre questions ouvertes : Quel usage et quelles missions pour le musée ? Avec quoi le musée mettra-t-il en contact le visiteur ? Quel est le devenir de la médiation muséale ?  Que fait le musée et par qui ?

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