Articles, Compte rendu de Rencontre

Journée de recherche-action « Les musées et l’argent »: Conférence de Françoise Benhamou.

Guiragossian, Olivia

[Image : Ryūryūkyo Shinsai, Winter Cherries, début du XIXe siècle, New York, The MET ]

Dans le cadre de la Journée de recherche action « Les musées et l’argent: des frères irréconciliables? », Françoise Benhamou, Professeur des Universités (Université Paris 13) est intervenue pour évoquer « Le nouvel équilibre public-privé, numérique et mondialisation: les trois paramètres d’un changement de paradigme pour les musées ». Retrouvez dans cet article une synthèse de ses propos, relevés et mis en forme par Olivia Guiragossian, doctorante de l’Université Sorbonne Nouvelle.

Dès lors que se pose la question de l’argent dans les institutions culturelles, deux axes sont soulevés:

  • La question des valeurs;
  • La question de la concurrence.

Dans ce cadre, le musée est intéressant, car c’est un laboratoire: il n’est jamais figé et toutes les questions de la culture s’y posent. Le contexte actuel aussi est intéressant, car nous nous situons à un moment de fortes interrogations: les restitutions du patrimoine, par exemple, soulèvent aussi des questions d’argent! Tous les aspects du musée – comme le disait François Mairesse en introduction – peuvent être appréhendés à l’aune de l’argent. Le rapport à l’argent est omniprésent et malgré une situation que l’on qualifie souvent de mauvaise pour les musées, plus de 200 musées vont ouvrir cette année en France. Cette offre est pourtant surabondante et par conséquent, est marquée par la concurrence. Trois paramètres semblent importants pour considérer le rapport des musées à l’argent aujourd’hui: les clivages publics-privés, le numérique et la mondialisation.

1. Les clivages public-privé

Le clivage public/privé doit être dépassé. Le musée est caractérisé par ses collections (riches), mais est toujours en manque d’argent, posant des problèmes d’acquisitions qui appellent les dons, les dations et les donations. Pour le 40e anniversaire du Centre Pompidou, le musée a reçu par exemple une donation de 350 œuvres d’artistes russes. La proximité entre le privé et le public se perçoit dans l’acquisition des œuvres, mais aussi jusque dans les réserves: par exemple, Boijmans va ouvrir des réserves pour lui mais aussi pour les collectionneurs privés, proposant ainsi une mutualisation des réserves entre public et privé.

Ces dernières années, il faut souligner la vague de création de Fondations: la loi Aillagon devient un problème d’Etat car elle est utilisée pour « financer » certaines entreprises et leur image, ainsi que des « gestes architecturaux ». Cependant, il faut rappeler que certaines fondations n’ont pas bénéficié de ces avantages fiscaux. En outre, ce développement de l’offre pose la question de la concurrence : existe-t-il une concurrence entre les fondations et les musées, car il existerait une sorte de « panier de l’acheteur » dans la culture? La concurrence pour les publics ne touche-t-elle pas ses limites ? Les musées sont-ils extensibles à merci?

2. La mondialisation/globalisation

Cet aspect a toujours existé sur le marché de l’art et le marché de l’art est par nature, un marché global. De fait, cela a un impact dans différents domaines: la montée des prix d’abord (Jean-Luc Martinez rappelait ainsi que plus aucun musée ne peut acquérir de pièces exceptionnelles). Dans le cadre de la mondialisation se développe également une concurrence touristique accrue, avec 1,3 milliards de touristes internationaux. Les institutions culturelles s’inscrivent dans une course au gigantisme (MoMA, MET, Louvre) et surtout dans une logique d’industrialisation avec l’exportation des expertises et la création et l’exploitation de franchises. Il s’agit d’un mariage soft-power/money-power ! D’un autre côté, cela permet aussi à de nouvelles scènes artistiques d’émerger. C’est le cas par exemple de la scène contemporaine africaine. Néanmoins, cela suppose beaucoup de conformisation pour correspondre au marché dans lequel l’on s’inscrit. La question de la mondialisation met surtout la question de l’uniformisation ou de la différenciation en lumière. On retrouve par exemple toujours les mêmes grands noms de l’architecture et de la scénographie à l’échelle mondiale: il y a une réelle uniformisation des musées au travers de la globalisation.

3. Le numérique

Le numérique pose aux musées la question de la gratuité, mais cet axe – traité dans d’autres interventions et ouvrages, ne sera pas le sujet ici. La numérisation apporte la possibilité de visites virtuelles potentiellement gratuites et par extension, elle apporte peut-être aussi une certaine forme de démocratisation au sein des musées. En effet, cette ouverture permettrait de remettre en question les tarifications des musées, d’autant que ceux-ci se développent dès lors dans une économie de la recommandation (via la notation des établissements sur certaines plateformes). La numérisation est également celle des images: faut-il les monétiser? Ici ont émergé deux visions polaires: celle des musées hollandais, qui rendent accessibles toutes les images en très haute définition, considérant que la notoriété est le nerf de la guerre. L’autre vision est plus restrictive, notamment pour les usages commerciaux, et c’est le rôle d’agences comme par exemple la RMN, BKP ou encore Bridgeman de gérer ces utilisations.

Conclusion

La loi Aillagon a fait exploser le triptyque présenté en introduction par François Mairesse « marché, public, don » car l’argent privé devient l’argent public. Il y a une forme de renoncement de l’Etat non àé financer la culture, mais à décider de l’usage de l’argent en pensant que d’autres sauraient mieux gérer.

Pour aller plus loin

Consultez la synthèse de l’introduction de François Mairesse, la présentation d’Audrey Doyen sur le Rapport de la Cour des comptes ou la synthèse de la table ronde.

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