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Visite du musée de la tapisserie de Bayeux, Bayeux Muséum

Toutes les photographies sont de l’auteure, sauf mention contraire.

Cindy Lebat

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Ce musée est essentiellement organisé autour de la fameuse tapisserie de Bayeux, pièce maîtresse et incontournable tant du musée que de la ville – qui en tire sa renommée, et qui passionne les historiens depuis des siècles.

La visite commence donc par cette tapisserie de près de 70 mètres de longueur, dont l’origine est située entre 1066 et 1082 et qui est aujourd’hui classée au Registre Mémoire du Monde de l’UNESCO. Le visiteur est guidé dans sa découverte de l’œuvre avec un récit délivré par un audioguide, et se trouve entraîné à travers l’épopée racontPhootée par les 58 tableaux de la tapisserie.

Ce parti pris de centrer la découverte de la tapisserie sur le récit de cette épopée résonne tout à fait avec l’esprit de sa confection: amener le peuple à découvrir l’histoire épique de la conquête du royaume d’Angleterre par Guillaume le Conquérant, parti récupérer le trône après la félonie perpétuée par Harold Godwinson, messager d’Edouard le Confesseur, roi d’Angleterre jusqu’en 1064, avec comme point d’orgue la célèbre bataille d’Hastings. Célébrant l’histoire normande en la magnifiant, elle était dès sa création destinée à être exposée, et le fut notamment une quinzaine de jours par an dans la cathédrale de Bayeux au cours des siècles suivant sa confection, pour asseoir auprès du peuple – analphabète dans son immense majorité – la légitimité du pouvoir en place.

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Le visiteur est amené à vivre les incroyables scènes de bataille, porté par le récit des divers assauts qui se déroulent sous ses yeux, qui prennent presque vie à travers le récit en musique livré par l’audioguide. L’immersion est parfaite. L’obscurité dans laquelle est placée la tapisserie pour des raisons de conservation y participe évidemment.

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Malgré l’affluence, la découverte de la tapisserie se déroule sans hâte et sans désordre, le flot de visiteurs évoluant de façon constante, au rythme du récit délivré par l’audioguide. Une visite captivante, tant le visiteur est emporté par le récit.

Pourtant, en sortant de cette salle, une légère frustration persiste, une envie de retourner en arrière peut-être, de revenir s’attarder sur quelques détails, de prendre le temps d’admirer la broderie d’un cheval, d’un personnage, d’une des frises qui borde la tapisserie… l’audioguide ne permet en effet pas au visiteur de visiter à son propre rythme, d’autant plus que l’affluence en ce mois d’août de canicule normande (18°C) ne permet pas forcément de haltes (surtout que l’audioguide ne possède pas de touche « pause » pour interrompre le récit). L’audioguide empêche également les échanges et interactions avec les compagnons de visite ; il offre la possibilité d’une expérience riche et attrayante, mais très individuelle. L’immersion est particulièrement bien menée, mais elle questionne du point de vue de l’aspect social de l’expérience de visite, que l’on sait être à la fois une attente et un critère de satisfaction à l’issue d’une visite de musée1. Peut-être des parcours différenciés pourraient être à développer selon le profils des visiteurs (enfants, publics en situation de handicap, etc), ou offrant des thématiques différentes ?

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Si le visiteur ressort de cette salle enchanté par le récit guerrier de cette épopée, subsistent de nombreuses questions auxquelles le deuxième étage, constituant la deuxième étape de la visite, apporte un certain nombre de réponses. Ce deuxième étage, d’une muséographie bien plus classique, vient compléter la première expérience, apportant des renseignements plus factuels et proposant le regard des chercheurs – notamment historiens – sur l’histoire de la tapisserie, ses origines, la technique utilisée etc. Beaucoup plus didactique (avec beaucoup de textes de salle très denses), cette partie semble assumer la mission éducative attendue d’un musée d’histoire. Classique ne revêtant pour nous aucun jugement péjoratif, soulignons l’intérêt et l’attractivité de cette salle, qui présente un parcours de visite relativement ludique et agréable, ponctué de textes mais aussi de maquettes et de fac similés.

Le site Internet apporte aux plus curieux des compléments d’informations assez poussés sur l’histoire de la tapisserie et sa description thématique détaillée (des chevaux, des personnages, des scènes de la vie quotidienne, des navires…). On regrette peut-être de ne pas pouvoir parcourir de nouveau et virtuellement ces 70 mètres d’épopée, prenant davantage le temps de l’observation.

Pour aller plus loin:

BOUET, Pierre et NEVEUX, François, La tapisserie de Bayeux: révélations et mystères d’une broderie du Moyen Âge, Rennes, Éditions Ouest-France, 2013, 235 p.
Jacqueline Eidelman et Anne Jonchery, «A l’écoute des visiteurs 2012». Résultats de l’enquête nationale sur la satisfaction des publics des musées nationaux., Paris, France: Département de la politique des publics et de la Direction générale des patrimoines-MCC, 2013.

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