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Sam visite le Smithsonian American Art Museum de Washington

Pierre Antoine Coene

Toutes les photographies sont de l’auteur, sauf mention contraire.

SAAM

Couplé à la National Portrait Gallery, le Smithsonian American Art Museum (SAAM) abrite l’une des collections les plus complètes et les plus éclectiques de la création américaine dans le monde, de la naissance de l’Etat à nos jours.

Lorsqu’on aime les musées, et l’art américain de surcroît, visiter le SAAM c’est non seulement avoir face à soi des œuvres d’une qualité exceptionnelle, mais c’est aussi parcourir en un seul lieu plus de 200 ans d’histoire de l’art américain en suivant un parcours chronologique clair et structuré.

La visite est beaucoup moins stimulante pour un visiteur (nous l’appellerons Sam) qui n’est motivé ni par le musée, ni par l’art américain. Comment le SAAM lui permet-il de vivre une expérience de visite ?

Considéré comme l’un des bâtiments les plus caractéristiques de l’architecture américaine du XIXe siècle, le SAAM est aussi l’un des plus anciens édifices construits à Washington et édifié en partie par Robert Mills, considéré comme l’un des génies de l’architecture américaine. Dans la logique des codes de l’architecture classique, l’imposante entrée du musée se trouve au centre de la façade principale. En passant sous le portique, inspiré du Parthénon d’Athènes, le visiteur peut se sentir écrasé sous le poids, physique et symbolique, du monument. A l’intérieur le volume des salles, les immenses galeries voûtées ou bien encore l’escalier double en courbe participe à donner à l’ensemble une majesté, à l’image de ce que l’on peut ressentir à la National Gallery toute proche ou au Musée du Louvre. Les matériaux employés à la construction de l’édifice (pierre de taille, grés, marbre, granit) participent à cette mise en valeur du bâtiment et de ses collections.

Pourtant, loin d’apparaître imposante au visiteur, cette démonstration architecturale est mise au service de sa visite. Ni design révolutionnaire ni invasion des outils multimédia dans ce musée, mais des “petites intentions”, dans un parcours de visite suggéré, permettent de profiter du moment.

SAAM2

Tout commence à l’accueil. Comme tous les musées du Smithsonian, l’entrée au SAAM est gratuite. Cela n’empêche pas la présence de bénévoles qui proposent un plan du musée, mais également toutes les informations nécessaires pour y passer un agréable moment (consigne gratuite, toilettes, espaces de restauration, etc.). Les visiteurs ne se sentent pas accueillis dans un musée, mais dans leur musée qu’ils sont visiblement heureux de partager.

Le parcours de visite est très simple. Le bâtiment formant un vaste rectangle autour d’une cour centrale, les salles se suivent logiquement jusqu’à la fin de l’étage où escaliers et ascenseurs amènent le visiteur au niveau supérieur afin qu’il poursuive sa visite de la même façon. Signalons qu’ici et là des fauteuils et canapés sont à disposition des visiteurs et de véritables salons (fauteuils, tapis, tables basses, etc.) sont proposés à différents endroits du musée. Certains détails plaisent à Sam, comme les cartels à l’entrée de chaque salle “Photography encouraged”. Au cœur du parcours de visite se trouve la cafétéria, ouverte tout au long de la journée. Une cafétéria entre les œuvres de Hopper et de Homer? N’est-ce pas là un exemple de plus qu’aux Etats-Unis “money is money” ? Peut-être… Sans doute même. Mais pensons à Sam, venu au musée en trainant les pieds… Qu’a-t-il fait ? Il a regardé quelques œuvres, a accepté d’écouter quelques informations, a profité des canapés, des fauteuils et du wifi. La cafétéria l’a attiré, évidemment. Il a voulu y faire une pause, consommer (un café dont les Américains ont le secret…) et s’apercevant qu’il était possible de profiter de la cour intérieure, s’y est rendu.

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Voilà sans doute l’élément central de confort du SAAM. Lors de la dernière campagne de rénovation la cour intérieure a été recouverte d’une verrière contemporaine. Ondulant comme une vague, non seulement elle atténue le classicisme un peu austère du bâtiment, mais elle sublime aussi ses façades intérieures. L’immense espace ainsi créé, climatisé (comme tout le bâtiment), n’est pas une cour intérieure couverte mais un lieu de vie. Des espaces verts, des tables, des chaises, des bancs, une fontaine sèche… ici des étudiants venus profiter de la cafétéria, du wifi et de la fraîcheur de l’endroit ; là des visiteurs faisant une pause pendant ou après la visite ; là-bas des parents avec des enfants qui, pieds nus, s’amusent avec les jets d’eau de la fontaine, courent, s’éclaboussent… Nous ne sommes plus au musée, mais sur la place d’un village. Et pourtant le musée n’est pas loin. Il est là, nous entoure. Les portes ménagées à de nombreux endroits permettent des allers et venues tout au long de la visite. Nous interrogeons des étudiants : ils ne sont pas venus pour visiter le musée. Certains le connaissent bien, d’autres y sont passés, mais ils savent qu’il est là, disponible. Pour l’instant ils profitent de la place, s’essaient à quelques parties d’échecs puisque des jeux sont disponibles sur les tables. Et puis ils repartiront. En passant par le musée ? Peut-être… mais sans doute pas aujourd’hui. La prochaine fois, une autre fois peut-être.

Sam s’est posé, rassasié. Il est partant pour poursuivre (un peu) la visite. Pas de miracle : plus les salles passent et plus son regard est furtif. Jusqu’à entrer dans le Luce Fondation for American Art. L’architecture de la salle contraste avec le reste du musée : un vaste espace central autour duquel courent deux longues galeries sur deux étages. La muséographie change : on est ici plongé dans les réserves du musée qui sont exposées dans les galeries des étages. C’est un fourre-tout très organisé, une caverne d’Ali-Baba, un “bazar de l’art” où on trouve aussi bien des toiles de grands noms de l’art américain qu’un buste d’Elvis, une télévision ou l’avion de Babar. Est-ce le moment d’expliquer à Sam que si ces objets sont ici c’est qu’ils ne sont pas si anodins ? Il passe de vitrine en vitrine, s’amuse de ce qu’il y trouve. Où est-il en ce moment : au SAAM ? Dans un magasin de souvenirs ? Peu importe, il profite.

Soudain la visite est interrompue par le bruit d’un groupe de musiciens qui s’installe dans la nef centrale. Quelques minutes après, ils commencent à jouer un son pop-rock. La salle se remplit d’une trentaine de personnes, un bar est ouvert, les gens consomment, applaudissent, pendant que d’autres en profitent pour faire un tour dans les réserves ouvertes. Voilà une façon sympathique de clore la visite.

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Le SAAM est caractéristique du rapport des Américains au musée. On voudrait parfois les caricaturer en n’évoquant que leur rapport commercial aux lieux et aux œuvres. C’est faux, nous le savons. Au SAAM (comme au Smithsonian et dans d’autres musées) certains termes, souvent opposés chez nous, semblent s’associer sans heurts : espace sacralisé / espace profane ; réflexion / détente ; exposer le passé / vivre au présent…

Pour aller plus loin :

DARCQ Caroline, 2013, « Les relations adolescents-musées : comparaison France / Etats-Unis », La lettre de l’OCIM, n°146, mars 2013, pp. 29-36.

GOODLAD Sinclair, Mc IVOR Stéphanie, 1998, Museum Volunteers, Good Practice un the Management of Volunteers. Routledge.

MARTEL Frédéric, 2006, De la culture en Amérique, Paris : Gallimard.

SELBACH, Gérard, 2000, Les musées d’art américains : une industrie culturelle. Paris : L’Harmattan.

Site du Smithsonian Museum : https://www.si.edu/

Site du Smithsonian American Art Museum : americanart.si.edu/

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