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« Donner un avenir à notre futur », ou l’incroyable histoire du continent réunionnais

Par Cindy Lebat

Photo @Laurent Pantaleon

Les quelques 10 000 km qui séparent La Réunion de la France métropolitaine ont sans doute fortement contribué à sa méconnaissance, et aux multiples idées reçues qui circulent à son égard. Une injustice enfin réparée par le projet Incyclopédique d’Emmanuel Kamboo, présentée dans le cadre d’une exposition aux Archives Départementales de la Réunion (à Sainte-Clotilde) du 24 avril au 29 décembre 2017.

Vous l’ignoriez sans doute, mais l’actuelle petite île de La Réunion, bien nichée dans son Océan Indien, cache une histoire que vous ne soupçonniez pas. Et moi non plus d’ailleurs, avant de visiter l’extraordinaire exposition proposée aux Archives départementales de La Réunion (à Sainte-Clotilde), qui ne nous promet rien de moins que de nous révéler « la vérité sur La Réunion avant 1946 ». On apprend dans cette exposition la vraie fausse histoire du continent réunionnais, l’histoire « d’un passé au futur antérieur » (1), glorieux et fantasmagorique, qui s’est achevée avec le « grand rétrécissement » de 1946, dont la mystérieuse survenue correspond à la départementalisation de l’île…

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L’exposition du projet artistique d’Emmanuel Kamboo, l’Incyclopédie du continent réunionnais

Cette histoire réunionnaise nouvelle, c’est le projet artistique fou et génial d’Emmanuel Kamboo, qui nous est présenté à travers une exposition constituée essentiellement de panneaux illustrant le passé glorieux de notre île et agrémentée de plusieurs objets prêtés par les musées réunionnais.

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Vue de l’exposition aux Archives Départementales. Photo @Cindy Lebat, juin 2017

Le visiteur est amené à découvrir cette histoire aussi fausse que fabuleuse, à travers de multiples jeux de références et pointes d’humour, mêlant subtilement fiction et réalité. Les principaux lieux de l’île prennent dans cette exposition d’incroyables dimensions (au sens propre comme au figuré) : la Plaine des Palmistes devient le grand « free state of plaine des Palmistes », Salazie se voit confié le titre de « République Marronne de Salazie » (rappelant par là-même l’importance des cirques dans le marronnage à la Réunion au 18ème siècle). L’imaginaire – des courses de dromadaires de la plaine des Sables aux rhinocéros du zoo de Manapany – est ancré dans la réalité par l’usage réels des toponymes, qui sont les seuls éléments incontestablement vrais de cette exposition. Tous ces noms qui sonnent familiers se chargent rapidement d’imaginaires nouveaux.

Pour tout savoir de cette incroyable histoire, rendez-vous sur le site http://incyclopedie.re/

« Pour une égalité réelle avec le reste du monde » (2) : l’enjeu caché d’un « passé au futur antérieur »

Une exposition pleine d’humour qui cache des enjeux plus profonds : la construction et la revendication d’un passé glorieux contribue sans aucun doute à la constitution d’une identité magnifiée du « peuple réunionnais ». L’engagement personnel, sensible, du visiteur est accentué par le respect des toponymes et de la géographie de l’île (hormis ses proportions).

De plus, comment ne pas s’interroger sur les raisons profondes de l’impact « rétrécissant » alloué au rattachement à la France par le biais de la départementalisation en 1946, et cette envie de restaurer la grandeur de l’île en lui allouant une « grandeur », au sens propre ?

Un discours subtile, ironique et drôle, mais qui révèle des enjeux plus profonds sur l’identité réunionnaise, mais aussi sur la force du dispositif muséal à créer et transmettre des sentiments forts – tels que ceux d’appartenance ou encore de fierté.

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Exposer du faux authentique !

Évidemment, l’usage du média « exposition » pour ce type de discours fait naître des questionnements sur le plan muséologique : comment exposer du « vrai faux » ? Le dispositif muséographique joue ici le rôle de garant de véracité, il est une instance légitimation d’un discours. Les codes associés à l’institution sont utilisés dans le jeu ironique de l’auteur, qui respecte scrupuleusement les codes classiques de l’expographie, cartels, vitrines, objets vrais…, pour asseoir un peu plus l’ironie de son discours.

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« Crâne de crocodile du Grand Lac de Savanah capturé à main nu par l’Empereur Hoareaupoulé 1er ». Des objets vrais associés à des discours faux, transmis par des dispositifs institués : les cartels. Photo @Cindy Lebat, juin 2017

Cette exposition nous permet également un clin d’œil à l’histoire du musée en tant qu’institution, régulièrement utilisé comme outil du pouvoir dans la construction d’une identité nationale. On y perçoit ici très clairement sa capacité à réinventer l’histoire en s’appuyant sur la légitimation de l’Institution Muséale.

D’autres choses, ailleurs :

http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2017/04/20/exposition-l-incyclopedie-du-continent-reunionnais-visible-aux-archives-departementales-la-verite-sur-la-reunion-avant-1946-au-temps-des-maharadjas-et-des-royaumes,60822.html

https://www.facebook.com/incyclopedie/

http://incyclopedie.re/

Notes 1 et 2 : Catalogue de l’exposition : « Incyclopédie du continent réunionnais, la vérité sur la Réunion avant 1946 », Les éditions du Même Nom, Saint Denis, 2017

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