Entretiens

Entretien avec Tristan Dequaire autour des dispositifs de médiations numériques sur le thème de l’espace.

[Illustration : Johann Georg Pintz, Planeet aarde en God, 1733, Amsterdam, Rijksmuseum, Collection en ligne, Rijkstudio]

Besson, Julie

Nous rencontrons aujourd’hui Tristan Dequaire, planétariste et chargé de médiation scientifique et culturelle en astronomie depuis trois ans au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget. L’occasion d’aborder avec lui des questions autour de l’usage des dispositifs de médiation numérique pour parler de l’espace/d’astronomie. Cet entretien fait écho à l’étude de publics autour du thème de l’espace et des usages des outils numériques immersifs réalisé par le pôle conseil et recherche, que vous pouvez retrouver ici.

J. B. : Pouvez-vous présenter votre musée et vos missions ?

T. D. : Je travaille au Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget. Ce dernier aborde l’aviation, des pionniers à aujourd’hui et par extension l’espace, de part le lien entre aviation et spatial. Mes missions sont d’assurer le pilotage et l’animation du planétarium, qui est optomécanique [ndlr : projection optique du ciel et des différents corps célestes avec une ou plusieurs lumières, avec un pupitre de commande pour montrer les évolutions]. J’ai un rôle de chargé de médiation scientifique et culturel en astronomie ; je crée des contenus pédagogiques, participe à l’élaboration d’expositions et aux différents événements dans le musée ou à l’échelle nationale sur le domaine spatial. J’aide à la transition du planétarium optomécanique vers un planétarium numérique.

J. B. : Quel est le nombre de visiteurs annuel, et le type de visiteur ?

T. D. : Le musée accueille tous types de publics : local comme international. En termes journalier, c’est à peu près 500 visiteurs voir jusqu’à 1000 le week-end et particulièrement le dimanche.

J. B. : Est-ce que les manipulations restent incontournables pour parler de l’espace ? 

T. D. : Le thème du spatial n’est pas toujours évident à manipuler, car il est très théorique. Il y a donc un avantage certain à utiliser le numérique, d’autant plus que le thème s’y prête facilement. Des expériences sont toujours possibles : au musée des ateliers sont en cours de réalisation comme la création de cartes des étoiles, de fusées à eau, etc pour expliquer les principes physiques derrière ces manipulations assez faciles d’accès. Elles peuvent être déclinées sur plusieurs échelles : créer des comètes artificielles avec de l’azote liquide. Cela demande plus de moyens mais c’est possible à mettre en place.

Un équilibre peut toujours se trouver entre médiation plus classique et médiation numérique.

J. B. : Qu’est-ce que les dispositifs numériques apportent en plus par rapport aux manipulations, plus classiques? 

T. D. : Ces dispositifs apportent du concret, de l’imagé sur les différents thèmes que l’on peut citer. 

Nous pouvons avoir une exploration du système solaire assez fine et le visiteur peut être confronté à ce que l’on sait grâce aux photos de qualité des robots martiens. On peut aller plus loin notamment avec la réalité virtuelle où le visiteur peut être immergé dans un environnement martien par exemple.

Il est important pour les visiteurs de partager le moment [ndlr : comme le rapport l’indique]. Il existe des dispositifs de réalité virtuelle où l’on peut jouer en collaboration pour résoudre des questions liées au spatial.

J. B. : Quels sont les retours des visiteurs du musée sur les dispositifs numériques ?

T. D. : Ce n’est pas encore très développé au sein de l’espace muséal. Dans le hall de l’espace, des objets de collections, des vidéos, des écrans sont disponibles. Nous utilisons d’autres dispositifs numériques lors d’événements ponctuels. Par exemple, lors de Mars en marsune société de réalité virtuelle est venue proposer des services au musée et a eu beaucoup de succès. C’est ludique pour les visiteurs, ça permet de s’immerger et cela n’empêche pas la médiation et le contact avec le médiateur. Finalement, le transfert de connaissances est facilité.

J. B. : Est-ce que la forme ludique permet d’attirer un autre public comparé à d’autres scénographies, en prenant en exemple l’exposition LEGO Vers la Lune et l’au-delà

T. D. : Bien sûr, les musées en France souffrent encore de l’image d’un lieu “ennuyeux” et pas facile d’accès pour les enfants. L’exposition en LEGO, avec ce côté ludique, permet sous la forme de jouets d’expliquer les collections du musée, notamment la conquête spatiale et de la Lune. Il est également fait appel au côté imaginatif que l’on peut prêter à l’espace avec le Petit Prince, etc. Cette exposition fonctionne, attire les familles avec de jeunes enfants. 

Certains jours de la semaine, des ateliers pratiques sont organisés pour manipuler les briques LEGO pour faire de la construction.

J. B. : A titre personnel, avez – vous expérimenté des dispositifs immersifs, notamment la réalité virtuelle?  Est-ce une piste à développer?

T. D. : J’ai utilisé plusieurs fois ces dispositifs et  je le recommande. On peut avoir l’impression de noyer le message, d’être trop ludique mais je pense que plus on attire avec ce type de dispositif, même si ce n’est que 10% de connaissances qui ressort, le message passe et cela permet d’attirer et développer la curiosité des visiteurs. Ils peuvent ensuite utiliser des dispositifs plus classiques pour développer leurs appétences sur le sujet.

Lors du salon Museum Connections, j’ai pu tester un dispositif de réalité virtuelle de jeu en collaboration sur la Lune où il faut réparer les modules lunaires. Cela permet de traiter de la conquête spatiale, de la Lune en tant qu’astre mais aussi des qualités des scientifiques, leurs valeurs comme le travail d’équipe et c’est un sujet de société au même titre que les faits scientifiques eux-mêmes. C’est assez familial, puisque cela se joue à deux ou à quatre, cela encourage l’échange et l’interaction est nécessaire pour réussir la mission. Le principe ressemble à celui de l’escape game, sans être aussi développé que dans une salle mais c’est semblable.

J. B. : Quel est le rôle du médiateur autour de ces dispositifs immersifs ?

T. D. : Le rôle du médiateur est à la fois celui de répondre aux questions et d’en susciter des nouvelles. L’idée est de développer la curiosité des visiteurs, qu’ils repartent avec des questions en tête. Le rôle du musée est d’élever la société et de faire naître cette appétence pour la curiosité, le débat. De nombreux domaines scientifiques sont des enjeux sociétaux pour l’avenir, et je pense que si tout le monde est sensibilisé à ces questions, cela ne peut être que prometteur pour la suite. 

J. B. : Certains thèmes autour de l’espace attirent-ils plus que d’autres ?

T. D. : L’espace est déjà un thème vendeur. Tout le monde s’est déjà tourné vers le ciel pour l’observer, se demander ce s’il y a plus, s’il y a de la vie ailleurs. Certaines questions philosophiques peuvent être rattachées au spatial. 

C’est pluridisciplinaire et cela peut attirer, que l’on s’intéresse aux sciences du vivant, de l’inerte, des mathématiques…

C’est une chance d’avoir ce domaine qui intéresse autant. Il est en plus d’actualité : avec le spatial, nous pouvons répondre à beaucoup de questions sur le réchauffement climatique et beaucoup de recherches sont à faire pour affiner les prédictions. Ce n’est pas pour rien que ce thème est celui de la prochaine Fête de la Science.

J. B. : Quelles sont vos premières impressions sur le rapport rendu par notre pôle ?

T. D. : Cette étude est intéressante d’autant plus qu’au musée, nous nous demandons comment faire de la médiation en astronomie, dans les planétariums qui sont des objets spécifiques. La médiation n’est pas la même en fonction du type de planétarium : numérique avec des films en voix-off à la Cité de la Science ou un planétarium où un médiateur explique le ciel au visiteur comme au musée de l’air et de l’espace.

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