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Compte rendu du séminaire « Engagement des corps dans l’espace muséal » (GREM/EDL).

Zéo, Guirec

[Image: Albert d’Arnoux, dit Bertall, Vue d’un accrochage d’œuvres où figure une photographie de Victor Hugo, 1867. Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey]

Le webinaire co-organisé par le GREM et l’école du Louvre et intitulé « Engagement des corps dans l’espace muséal » s’est tenu le vendredi 5 février. Corps déambulant du visiteur solitaire, corps du professionnel affairé à l’accrochage d’une oeuvre ou encore corps malade mais actif du patient en visite, ce « fantôme qui n’apparait qu’au mirage du miroir » (Foucault, 1966) était bien au coeur de chacune des trois interventions du séminaire et, avec lui, tout un horizon somatique.

Proxemie

La présentation de Dirk vom Lehn et de Rene Tuma gravitait autour de la question « How do visitors orient to and use the exhibition-space to create differents types of space and interactions with each other ? » et de sa réponse produite sous la forme d’une analyse du comportements des visiteurs de l’exposition « Le Mystère Le Nain » (Louvre-Lens, 2017). Leur intervention s’inscrit dans un champ de recherches initié par Edward T. Hall au cours des années soixante (Hall, 1966) : la proxemie. Née en 1963, ce mot désigne « l’ensemble des observations et théories que l’Homme fait de l’espace en tant que produit culturel spécifique » (Hall, 1971). En d’autres termes, la proxémie correspond à l’étude de la distance physique entre les individus et de ses variations. Les deux chercheurs concluent leur intervention en invitant, entre autres, les participant.e.s à s’interroger de manière proxémique sur l’impact de la crise sanitaire actuelle au sein des musées : évolution des distances physiques entre les visiteurs, modification de la scénographie des expositions…

Chorégraphie de l’accrochage

Yaël Kreplak, autrice d’une thèse intitulée L’œuvre en pratiques. Une approche interactionnelle des activités artistiques et esthétiques, s’interroge quant à elle sur la pratique de l’accrochage et sur les manières dont cette dernière engage le corps des professionnel.le.s. Défini en tant que « façon d’installer physiquement les œuvres dans un espace, les tableaux aux murs par exemple, mais aussi choix intellectuel, discours » sur le site du Louvre – définition utilisée par l’intervenante -, l’accrochage, auparavant invisibilisé, est depuis quelques années exposé, notamment par l’entremise des contenus vidéos diffusés par les musées sur les réseaux sociaux (voir, par exemple, Le magasin de Ben). Analysant plusieurs vidéos d’accrochage, la chercheuse en souligne certaines spécificités. Ainsi, accrocher une oeuvre serait avant tout en faire l’expérience physique (déplacement, tourner autour, reculer, se rapprocher, porter, etc.). Yaël Kreplak y compare l’accrochage à une « chorégraphie » exécutée par les professionnel.le.s, vision développée par le travail de l’artiste Noé Soulier (Performing art). Le terme de chorégraphie renvoie par ailleurs à l’idée – et à sa réalité – selon laquelle l’accrochage nécessite des compétences corporelles et est constitué d’un ensemble de techniques du corps (Mauss, 1936). Comme pour toute technique, se pose alors la question de leur transmission et de leur transcription, véritable enjeux pour les institutions.

Mémoire du corps

Au cours de leur intervention nommée « Le corps dans tous ses états au MBAM : projets de médiation dans une perspective de mieux-être par l’art », Mélanie Deveault et de Marilyn Lajeunesse du Musée des beaux-arts de Montréal ont exposé les différents projets de médiation engageant le corps de visiteurs, notamment de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. L’ensemble de ces actions à l’implication corporelle variable est visible sur le site du musée.

Références citées

FOUCAULT, Michel. (1966). L’utopie du corps. Conférence radiophonique diffusée le 11 décembre 1966 sur France Culture. Disponible ici.

HALL, T. Edward. (1978). La dimension cachée. Points : Paris. (Première édition anglaise : 1966).

MAUSS, Marcel. (1936). « Les techniques du corps ». Journal de psychologie, 32, 3/4. Disponible ici.

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