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Musée et handicap mental: comment se renseigner sur les offres de médiation?

Marchou, Fiona

[Image : Anonyme, Portrait d’une jeune fille avec anglaises, Sans date, Musée Nicéphore Niepce, Chalon-sur-Saône]

Durant deux années de master, nous avons eu à cœur de nous intéresser à l’accessibilité des musées pour les personnes en situation de handicap mental. Cela a abouti à la rédaction d’un mémoire universitaire, sous la direction de Monsieur François Mairesse, à l’université Sorbonne Nouvelle. A partir de réflexions personnelles en tant que grande sœur d’un enfant trisomique, ce travail s’est interrogé sur l’aspect culturellement et socialement inclusif des musées pour ces personnes.

Lorsque nous parlons des publics dans les musées, nous évoquons très souvent les enfants, les adolescents, les adultes ou encore les seniors. Les publics sont catégorisés afin d’appréhender au mieux leurs besoins, leurs envies et afin d’y répondre correctement. C’est le cas également pour le public en situation de handicap. Celui-ci est, généralement, catégorisé selon les typologies suivantes :

  • Tout d’abord le handicap moteur qui concerne notamment les personnes à mobilité réduite.
  • Il y a également les déficiences visuelles et auditives.
  • Enfin le quatrième est le handicap mental.

Nous pouvons estimer que ce dernier est méconnu, car le handicap mental comprend un spectre très large, de la trisomie 21 au polyhandicap, en passant par toutes les formes d’autisme. Nous nous intéresserons à la question suivante : quelles sont les médiations qui leur sont proposées et quels sont les musées accessibles ? Puis, à la problématique sous-jacente : comment, en tant que parent/entourage d’une personne en situation de handicap mental, peut-on visiter un musée avec elle et comment peut-on prendre connaissance des offres existantes ?

Au départ: une législation existante

D’un point de vue légal, la loi de 2005 relative à l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées(1) énonce que tout établissement recevant du public se doit de fournir des dispositifs afin de se rendre accessible à tous les publics. Les musées, étant des établissements recevant du public, sont soumis à cette réglementation. Cette loi indiquait également que cette mise en accessibilité devait se faire sous dix ans, soit jusqu’en 2015. Ces travaux s’adaptent aux différentes catégories de handicap. Par exemple, pour pallier le handicap moteur, nous vient à l’esprit la mise en place d’élévateurs ou de rampes d’accès; des dispositifs tactiles pour les déficients visuels; des visites en LSF pour ceux ayant un problème auditif. Si tout ceci n’est qu’une partie immergée des médiations potentielles, qu’en est-il du handicap mental ? Quelle intervention peut pallier les difficultés de compréhension, et une concentration restreinte ? Grâce une étude de terrain, nous avons pu effectuer un référencement non exhaustif des musées français proposant des dispositifs de médiation destinés à ce public, tout en exposant leurs natures.

Créer son panel

Dans un premier temps, il semblerait qu’il n’existait pas de bases de données référençant les musées offrant des médiations accessibles aux personnes en situation de handicap. La première mission fut donc de créer un panel de musées à interroger. Seulement, il est complexe de dénombrer de manière exhaustive les établissements du domaine muséal, présents sur le sol français. Nous avons tout d’abord décidé de nous appuyer sur la base Museofile du Ministère de la Culture et de la Communication. Ce choix d’entrée ne permet pas d’englober toutes les structures se définissant comme musées ou ayant une (des) collection(s) ouverte(s) aux publics comme par exemple les FRAC. En effet, Museofile ne comprend que les musées nationaux et ceux ayant reçu l’appellation “Musées de France”(2). En 2018, il y avait 1315 musées référencés sur cette source.

Se déplacer auprès de chacun de ces musées aurait été aussi long que fastidieux. Nous avons alors décidé d’intégrer un second paramètre : l’analyse des sites internet institutionnels. Cette recherche de terrain a induit la découverte de musées fermés, en travaux ou dont les collections auraient fusionné avec un autre établissement. L’accès à l’information concernant l’accessibilité peut être difficile, car il faut trouver l’onglet qui la renferme, ou bien car le musée n’a pas de site internet propre, mais les détails pratiques sont relayés par celui de la municipalité. Ces combinaisons ont donné le résultat suivant : sur les 1315 musées inscrits, nous avons pu dénombrer 164 présentant un dispositif de médiation destiné au public déficient intellectuel. Cela représente un peu moins de 15% des établissements référencés sur la base ministérielle. Mais il faut tout de même nuancer ces données. En effet, nous pouvons penser que tous les musées ne font pas part de leur médiation, tout comme nous ne savons pas si celles indiquées sont réellement mises en place ou utilisées (fig. 1).

Comme nous l’avons précisé précédemment, au-delà de ce dénombrement, l’intérêt de l’enquête était d’entrevoir la nature de ces dispositifs. Nous les avons donc classés selon les catégories suivantes: visites guidées, ateliers, livrets de visite, dispositifs permanents dans le parcours de visite comme par exemple les médiations numériques ou les tables tactiles offertes à tous les visiteurs, autres outils pédagogiques comme les animations (lecture de contes par exemple), les mallettes, etc. Voici les chiffres que nous avons pu soustraire de cette première phase.

L’étude par questionnaires et entretiens

Dans l’optique d’obtenir un travail plus précis, nous avons pris contact avec ces 164 musées, d’abord par le biais d’un questionnaire, et pour trois d’entre eux, par un entretien. Cette étude mêlait des questions fermées et ouvertes afin d’affiner la typologie des offres et de répondre aux interrogations suivantes : quelle est la catégorie d’âge concernée ? Vient-il en groupe constitué ou en tant qu’individuel ? Les médiations destinées au public scolaire sont-elles accessibles ?

Cela a permis de prendre conscience que ce public vient davantage en groupe constitué. Sur les 36 questionnaires reçus, 32 établissements ont répondu qu’ils accueillaient davantage de groupes. Par contre, ils évoquent la difficulté de dénombrer le public individuel, car ils ont « peur » d’identifier la personne par son handicap. En conséquence, les visiteurs en situation de handicap mental visitant en tant qu’individuels sont plus “invisibles” pour les musées. Sur les 36 participants, 32 musées estiment que leur offre scolaire est adaptée au public en situation de handicap mental, particulièrement en ce qui concerne les ateliers. Le musée de la Chalosse, dans les Landes, considère que l’offre est adaptée du moment qu’elle est acceptée par l’équipe éducative encadrant les personnes en situation de handicap mental. Cette participation active du corps enseignant et éducatif est souhaitée par les musées, afin de mieux cibler les attentes et les besoins. Il s’avère également que cette enquête souhaitait mettre en valeur l’offre la plus sollicitée. La majorité a indiqué que c’était les visites guidées et les ateliers. Certains ont spécifié que la présence d’un médiateur/intervenant était bénéfique.

Accéder à l’information en tant que parent

Dans notre volonté de cataloguer les musées et les offres accessibles grâce à cette enquête, nous nous sommes aperçues de la complexité à accéder à l’information. Le choix des termes, de ce que nous considérons comme handicap mental ou non, ajoute des problématiques supplémentaires. C’est ainsi que nous avons eu connaissance de l’existence de deux bases de données, chacune issue d’initiatives publiques. La première, intitulée “Accessible.net” est issue de la Commission gouvernementale “Culture et Handicap”. Ce sont les établissements qui proposent leur inscription sur cette base. Mise en ligne en 2015, elle s’attache à évoquer tous les handicaps et tous les établissements recevant du public. L’utilisateur n’a plus qu’à croiser les données pour avoir une réponse. Cependant, la recherche se fait à l’échelle d’une ville. Dans un souci de comparer les résultats entre nos deux référencements, nous nous sommes appuyée sur les préfectures (voir fig. 2). Seules trois villes présentent les mêmes musées accessibles au handicap mental(3).

La deuxième base identifiée provient de la volonté de la marque “Tourisme et Handicap” de créer une interface avec les différentes structures touristiques accueillant du public en situation de handicap. Celle-ci catégorise les lieux : hôtels, restaurants, etc. Les musées sont introduits dans la catégorie “Lieux de visite”, et déclinés en trois catégories: écomusée, site de préhistoire et maison d’écrivain. Cette dénomination rend difficile l’identification des musées. Nous avons pu en identifier 8 qui ont pris le temps de répondre à notre questionnaire.

Conclusion

Au fil de ce mémoire, et de la conception de ce tableau, non exhaustif, nous avons pu étudier davantage les offres de médiations existantes, que cela soit des livrets de visite spécifiques, des ateliers adaptés, etc. Si les outils dédiés à ce public sont présents, la connaissance des besoins de ces visiteurs permet de les prendre en compte dans la conception de médiations inclusives, c’est-à-dire accessibles à tous. Cela a permis de découvrir également les différents labels et distinctions(4) que peuvent obtenir les établissements muséaux en faveur de leur politique d’accessibilité. L’analyse de ces deux bases montre la difficulté pour les parents ou l’entourage d’une personne en situation de handicap mental de connaître ces dispositifs de médiation. Cependant, la non-identification de ces offres sur les sites internet des musées, ne veut pas dire que ces derniers n’accueillent pas ce public. Ponctuellement ils organisent des médiations spécifiques, souvent à la demande des structures d’accueil (IME, Foyer de vie, ESAT, etc.) Pour clore ce terrain et l’accès à l’information, le questionnaire abordait aussi les difficultés rencontrées par les musées pour atteindre ce public. Au-delà du manque de moyens et de personnels formés, plusieurs musées ont identifié la ruralité et le fait d’être éloignés géographiquement des structures comme facteurs de difficultés. Ainsi que l’absence de relais de communication.

Initiatives

Tous les musées référencés présentent des initiatives intéressantes, en voici quelques-unes :

  • Musée de la Préhistoire, Nemours (77) : boites tactiles dans le parcours, animation (visite guidée) avec malle sensorielle.
  • Musée Bibracte, Saint Léger sous Beuvray (71) : au-delà de la médiation, le musée a pensé à ce qui rend le musée confortable (lumière, signalétique).
  • Musée des Beaux-Arts, Quimper (29) ; des puzzles dispersés dans les salles, un livret jeux pour chaque exposition, et surtout des vidéos ludiques tournées avec des établissements d’accueil pour expliquer ce qu’est un musée, les personnes qui y travaillent et ce que l’on peut faire ou non.
  • Musée des Arts et Métiers, Paris (75) : des activités pour chaque niveau, des ressources en ligne pour préparer sa visite en amont, présence également d’une bibliographie pour les professionnels des musées afin de les orienter.

Notes

(1) Loi 2005-112 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

(2) Loi 2002-5 du 4 janvier 2002 relative aux Musées de France

(3) Les trois villes présentes sur les deux référencements sont Amiens, Angers et Rouen.

(4) Label « Tourisme et Handicap », prix ministériel « Musées pour tous », l’opération « musée en liberté ».

Bibliographie

« Équipements culturels et Handicap mental », Paris, Ministère de la Culture et de la Communication, 2010.

BLAHO – PONCÉ, Claude. (2012). Accessibilité, tourisme et handicaps, mieux agir dans les territoires, Perpignan: Presses de l’université de Perpignan.

DUBRULLE, Marie. (2016). Handybook, petit livre à l’usage des médiateurs culturels travaillant avec des publics aux besoins spécifiques, Saint Denis: Edilivre.

DUFRENEY, Françoise (dir.). (1994). Au bonheur des enfants, Lyon: Handicap International – Programme France (Handicap et Intégration).

PEARSON, Anne. (1994). Museums and children with learning difficulties: the Big Foot, London: British Museum Press.

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