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D’une chose à l’objet ou comment devient-on collectionneur

Par Lina Uzlyte. Toutes les photographies sont de l’auteure, sauf mention contraire.

IMG_20170305_154353Chacun a sa « vitrine de curiosité », pour les uns ce sont des objets, pour les autres des expériences, pour les troisièmes des mots et des références. Finalement, que serait l’objet impossible à collectionner ?

Le psychologue Henri Codet recense dans sa thèse quatre caractéristiques psychologiques du collectionneur : le désir de possession, le besoin d’activité spontanée, l’entraînement à se surpasser et la tendance à classer. Il ajoute que le désir de collection correspond au besoin de rationaliser et de classer les éléments du monde extérieur pour en prendre intellectuellement possession.

Ces objets auraient-ils une âme ?

Quel que soit le type de collection, chaque objet a un sens particulier pour son possesseur. Il s’agirait en fait d’une projection de son psychisme.

Pour le psychanalyste américain Werner Muensterberger, auteur du Collectionneur, anatomie d’une passion (Ed. Payot, 1996), les objets sont ainsi comme un prolongement de soi. Ils nous permettent de soulager notre peur de la solitude. Selon Werner Muensterberger, le collectionneur retrouverait, dans chacune de ses acquisitions, le pouvoir de l’objet transitionnel.

“Dans son sens philosophique […] l’objet n’est pas une réalité en lui-même, mais un produit, un résultat […]. En d’autres termes il désigne ce qui est posé ou jeté en face (ob-jectum, Gegen-stand) par un sujet qui le traite comme différent de lui-même lorsqu’il se prend lui-même comme objet. (Desvalées & Mairesse, 2011). C’est aussi ce vers quoi tendent les désirs, la volonté, l’effort de l’action”.

Pour Jean Davallon […] les objets sont toujours éléments de système ou de catégories (1992).

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Pour ma part, le mode de vie actuel m’amène à collectionner les histoires, les parcours des gens, les termes, et à les mettre dans une vitrine qui, comme pour de nombreux chercheurs, seraient les publications qui les protègent bien des « poussières de l’oubli » et socialisent les observations du terrain.

Mettre quelque chose dans la vitrine n’est pas anodin. Effectivement, la vitrine véhicule les valeurs et le positionnement lui donnant du sens. C’est un vecteur de communication qui transmet une identité.

Ce qui prouve que la visite des collections, ainsi que leur exposition n’est aucunement un acte neutre et qui permettrait en conclusion de dire que le musée en est souvent au premier lieu son porte-parole.

Quelques références :

Codet H. (1921). Thèse pour le doctorant en Médecine : essai sur le collectionnisme. Paris : Jouve.

Desvallées A. & Mairesse F. (2011). Dictionnaire encyclopédique de la muséologie. Paris : Armand et Colin.

Goffman E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne. Tome 2, les relations en public. Paris : Les Éditions de minuit.

De Oliveira C. (1996) « La vitrine : de la vision au sens », Nouveaux actes sémiotiques, 43, Pulim, Université de Limoges, 1996.

Muensterberger W. (1996). Collectionneur, anatomie d’une passion. Paris : Payot.

Lina UZLYTE

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