Entretiens

Entretien autour de la médiation sensible avec Anne-Sophie Grassin, cheffe adjointe du service culturel et de la politique des publics du musée de Cluny, le musée national du Moyen Âge.

Publié le 27 janvier 2023

[Illustration : Karl Wiener, Sehnsucht (Collage), 1944, Musée de Vienne, Inv.-Nr. 250533/2373, CC BY 4.0, Photo: Birgit et Peter Kainz, Musée de Vienne]

Zeo, Guirec

Photographie d'Anne-Sophie Grassin
Anne-Sophie Grassin

Guirec Zéo : Pourriez-vous, s’il vous plaît, vous présenter à nos lectrices et lecteurs ?

Anne-Sophie Grassin : Spécialiste en médiation de l’art, je suis particulièrement attachée à tisser des liens entre les œuvres, les périodes et les formes de médiation. Après des études à l’Ecole du Louvre et un passage par l’Université de Montréal, j’ai d’abord orienté mes recherches autour de la médiation écrite et les études de la réception.  Membre du Comité pour l’éducation et l’action culturelle du Conseil international des musées depuis quinze ans (ICOM CECA), je me suis spécialisée dans le renouvellement des médiations.

J’élabore des dispositifs de médiation qui favorisent une approche sensible des œuvres, dans le musée ou en dehors. J’ai reçu à ce titre le Prix des Best Practice de l’ICOM CECA en 2021.

Je dirige en parallèle le Groupe d’intérêt spécial consacré à la médiation sensible au sein du Comité pour l’éducation et l’action culturelle de l’ICOM (ICOM CECA). Je suis également membre élue au Conseil d’Administration d’ICOM France et je vous annonce que je quitte prochainement le musée de Cluny ; je viens d’être recrutée par le MAC VAL, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne, pour diriger le service des publics : un beau changement pour entamer 2023, au sein d’une nouvelle équipe que je suis ravie de rejoindre.

G. Z. : Pourquoi vous êtes-vous dirigée vers la médiation sensible ? Quel a été l’élément/le moment déclencheur ?

A-S G.: La médiation sensible telle que je l’ai développée au sein de l’ICOM, initiée et conçue au musée de Cluny tire ses origines d’un triple contexte :

  • une crise sociétale (écologique, environnementale, économique, sanitaire) que des auteurs autrices, chercheurs, chercheuses, philosophes et muséologues ont théorisée et qui, au musée, se manifeste par une crise de la sensibilité aux œuvres d’art. Dans les salles, cette crise de l’attention se traduit par une forme de « zapping » : les visiteurs papillonnent, ne savent plus se concentrer et sont dans une forme d’urgence à visiter, « consommant » le musée dans une course effrénée qui malmène l’individu dans son rapport au monde, aux autres et à lui-même. Le temps moyen d’observation des œuvres est d’ailleurs aujourd’hui réduit à une poignée de secondes.
  • Les résultats de l’étude du podcast de médiation « Sans les yeux« , que j’ai conçu, réalisé et évalué pour le musée de Cluny pendant le confinement ont révélé l’importance de la dimension sensible et sensorielle de la médiation dans l’approche des œuvres et la construction de sens.
  • Enfin, je défends des projets de médiation qui prennent en compte le visiteur dans une dimension holistique, capable d’éprouver une œuvre par tout ce qui le constitue : son cerveau cognitif mais aussi son corps, ses émotions, ses sens internes et externes, ses émotions, son imaginaire.

Il m’est donc apparu urgent de développer des médiations sensibles, offrant aux visiteurs les conditions nécessaires pour vivre une expérience esthétique plus profonde, une rencontre plus intense et plus vraie avec une œuvre d’art.

G. Z. : D’ailleurs, nous parlons de médiation sensible mais pourquoi avoir sélectionné ce terme, « sensible » ? Quand d’autres utilisent encore médiation « sensorielle », « multisensorielle », « immersive », etc. Est-ce justement en raison de l’approche holistique intrinsèque à cette médiation ?

A-S G. : Je suis très vigilante en ce qui concerne l’usage des mots et leurs définitions. Il y a des phénomènes de modes dans les musées et les mots, parfois mal réutilisés, peuvent être sources de glissements sémantiques.

On rencontre en effet de plus en plus des programmes culturels dits « immersifs », « participatifs », « sensoriels » et même « multisensoriels ». Ces projets se multiplient dans les musées du monde entier et mettent souvent à mal le paradigme même de la médiation culturelle : favoriser la compréhension des œuvres. L’augmentation des effets n’est pas de facto corrélée à une compréhension progressive d’un discours. Le « sensoriel » annoncé se révèle souvent sensationnel et en rien sensible.

Au sein du groupe d’intérêt spécial dédié à la médiation sensible au sein du Comité pour l’éducation et l’action culturelle de l’ICOM (ICOM CECA), nous travaillons activement à la définition de la médiation sensible, qui selon nous, recouvre une approche par les sens externes et internes et/ou les émotions et/ou le corps et/ou l’imaginaire. Pour nous, le sensible, c’est tout cela. Par conséquent, le sensoriel fait partie intégrante de la dimension sensible. Mais attention, tout ce qui est sensoriel n’entre pas dans le champ de la médiation sensible pour autant, car nous défendons l’idée que la médiation sensible sert un retour à l’œuvre (sinon ce n’est pas de la médiation).

Je reconnais que le terme même de sensible fait discussion, on peut s’appuyer sur la philosophie esthétique comme sur d’autres. En anglais « médiation sensible » est complexe à traduire, on est obligé de parler de « sensory mediation » alors que « sensory » traduit d’abord la dimension sensorielle.

G. Z. : Par cette approche holistique, globale, de la personne que propose la médiation sensible, est-il encore possible de parler de visiteur de musées et de sites patrimoniaux en 2023 ? Est-ce un terme encore viable ou renvoie-t-il à un paradigme qui tend désormais à se conjuguer au passé ?

A-S. G : Pour moi, un visiteur de musée ou de sites patrimoniaux est une personne qui approche des œuvres avec toute sa singularité, avec ses complexités, ses paradoxes, ses richesses. 

Non la médiation sensible ne remet absolument pas cela en question, au contraire, c’est un domaine qui embrasse tout ce qui constitue l’individu-visiteur et qui le replace au cœur d’une expérience au service d’une rencontre.

En revanche la médiation sensible et son approche holistique réfute le terme « d’utilisateurs » ou « d’usagers ».

G. Z. : Précédemment, vous soulevez la question des rythmes « effrénés » des visites muséales, probablement concomitant de cette accélération du rythme de vie (Rosa, 2010) désormais régulièrement interrogée. Comment les musées et sites patrimoniaux peuvent-ils participer concrètement à freiner ces rythmes ? Ce changement de rythme ne commencerait-il pas par un changement des rythmes internes au secteur muséal (et plus largement culturel) ?

A-S G. : Les musées peuvent participer à un ralentissement en développant la dimension sensible de la médiation culturelle, mais je vous rejoins sur le fait que pour être vraiment efficients, ces dispositifs gagneraient à s’inscrire dans une transformation plus générale des rythmes.

Chacun doit agir à son niveau. Je sens poindre un paradoxe au sein des musées en disant s’ouvrir au sensible d’un côté, et donc à une nécessité de proposer des dispositifs orientés sur le ralentissement, mais en accélérant d’un autre côté l’accueil des groupes par exemple. Certains musées ont à gérer la sur-fréquentation, d’autres pas.

En ce qui concerne la médiation sensible et la prise en compte du ralentissement, il y a hélas un effet marketing. On revient à cet effet de mode et au fait de proposer du sensible pour « faire moderne ou innovant ». Les musées sont des institutions politiques, elles gagneraient à être plus congruentes et vraiment « engagées ».

G. Z. : De manière globale, la mise en place de médiations liées à cette approche sensible – et donc à cette vision holistique des visiteurs/utilisateurs/usagers/ ? –  a-t-elle selon vous un impact sur les personnes qui les réalisent ?

A-S G. : Comme je vous le disais, je ne cautionne pas le terme « d’utilisateur » et « d’usagers ».

Votre question pose la question de l’évaluation. Pour moi, renouveler les approches et les formats implique d’avoir recours aux outils de la recherche appliquée en muséologie. C’est la raison pour laquelle les nouvelles médiations sensibles du Musée de Cluny ont fait l’objet d’enquêtes auprès des publics participants grâce à des questionnaires proposés en post visite.

L’enquête menée révèle que les médiations sensibles et cette prise en compte holistique permettaient de développer plusieurs habiletés : développer la concentration, décupler le plaisir face à l’œuvre, permettre une plus grande autonomie et en somme, de voir le musée autrement.

G. Z. : Du point de vue des actions de médiation sensible développées au Musée de Cluny, savez-vous si ces dernières ont incité les participant.e.s à y revenir ? Si oui, comment cela a-t-il été évalué ? Pensez-vous que la médiation sensible constitue l’un des outils, parmi d’autres, permettant d’ouvrir les musées à tous les publics ? De les fidéliser ? Si oui, pourquoi ? Je pense notamment aux publics dits “éloignés” de l’offre culturelle (avec tous les guillemets que cela suppose).

A-S G. : Envisageant d’abord le développement des publics par le renouvellement des formats de médiation, les différents dispositifs de médiation sensible que j’ai mis en place au musée de Cluny ont permis de faire venir de nouveaux visiteurs au musée. Si je ne possède toutefois pas d’indicateurs chiffrés pour identifier des taux de revisites, chaque nouvelle création (Cluny tranquille, les balades sensibles, la visite dansée, la visite chantée, le concert méditatif entre autres) a fait l’objet d’un travail de développement de nouveaux contacts pour promouvoir ces rendez-vous.

G. Z. : Pourquoi l’approche sensible de la médiation ne peut accepter les termes d’“utilisateur” et d’ “usager” ? 

A-S G. : En parlant d’usager et d’utilisateurs, on nie la dimension humaine et subjective sur laquelle se base la médiation sensible. La médiation sensible n’est pas un outil marketing qui s’adresserait à des consommateurs et qui proposerait des réponses toutes faites face à des réactions préprogrammées.

G. Z. Comment évaluer, déterminer, si une offre de médiation se situe davantage du côté “sensible” ou  alors du côté “sensationnel” ? Est-ce un projet du groupe d’intérêt spécial dédié à la médiation sensible au sein du Comité pour l’éducation et l’action culturelle de l’ICOM (ICOM CECA) de travailler sur une méthodologie de détermination et d’évaluation (liste de critères, spectre, etc. ?) des médiations dites sensibles ?

A-S G. : Une médiation sensorielle est une médiation sensible, puisque l’approche par les sens (internes ou externes) fait partie du sensible. Le sensationnel c’est autre chose c’est la recherche d’effets qui produit de la surprise immédiate sans visée didactique précise.

En réalité, on observe un nombre grandissant de dispositifs de nos jours qui louent des « expériences sensorielles » (qui visent donc les sensations), alors qu’ils produisent d’abord et très souvent du « sensationnel ». Rappelons que dans « médiation sensible », il y a sensible, c’est vrai mais ce sont avant tout des actions  (ou des créations artistiques) qui font médiations, et qui donc impliquent un retour sur l’œuvre. Par définition, la médiation sensible incarne un lien à une/des œuvres et implique la création de sens. Le fait même que la création de sens ne soit pas toujours recherchée et que l’on confonde la fin (la rencontre à l’œuvre) et les moyens (par le sensoriel ou le sensible) est, à mon sens, assez grave. L’engouement pour « le sensoriel » frôle trop souvent le « sensationnel » sans apport de sens, et parfois même sans œuvre.

Rappelons que l’objectif premier de la médiation (sensible ou non) est de servir la « rencontre » de l’œuvre. Ces éléments alertent sur le devenir et les garanties de l’éducation artistique et culturelle propre à la médiation muséale. Le GIS Médiation sensible travaille activement à la conséquente tâche qui consiste à définir le domaine. Cela implique notamment une veille sur ce qui se fait en matière de projets et la manière de les décrire et analyser. Nous travaillons donc sur une grille spécifique pour pouvoir analyser les différents dispositifs, tout en nourrissant un aspect théorique.

G. Z. : Pour reprendre votre formule “Chacun doit agir à son niveau”, comment le faites-vous en interne, auprès de vos équipes ?

A-S G. : Quand je dis « chacun doit agir à son niveau », je parle davantage de ce qui incombe à un service de la médiation : avoir une vision globale pour favoriser des rencontres de qualités aux œuvres et mettre en place une programmation. Je fais des propositions à ma direction mais au sein du service nous n’avons pas la possibilité d’agir de manière plus globale sur les rythmes au musée. De manière générale, les musées restent soumis à un modèle économique et à des logiques de fréquentation, quoi qu’on en dise. Moi je crois par-dessus tout au sens du service public de l’art et de la culture et c’est la raison pour laquelle je défends des médiations de qualité, qui doivent servir la rencontre à l’art.

Ensuite, je pense beaucoup à la méthode des « petits pas », il est plus raisonnable selon moi d’envisager des changements forts progressivement. Innover et tester. Par exemple au musée de Cluny, j’ai d’abord proposé une nouvelle approche des œuvres avec un podcast de médiation (intitulé « Sans les yeux ») que j’ai entièrement créé (avec l’aide d’un prestataire pour l’aspect technologique) et j’en ai évalué la réception. Forte de cette étude (qui m’a valu un prix international), j’ai proposé d’analyser les retours de la visite dansée et de la visite chantée, qui étaient les premières créations permettant de poser les bases d’une médiation sensible au musée de Cluny.

Cette logique des petits pas est cohérente avec l’idée de travailler avec réflexivité (ce qui est d’ailleurs contraire à l’effet de mode) et de considérer les projets dans leur singularité, les agrégeant les uns aux autres.

G. Z. : Auriez-vous des conseils à proposer aux différent.e.s responsables des publics, chargé.e.s de médiation, médiateurs et médiatrices, managers et manageuses ? (formation ? organisation de service, structuration de postes, etc.)

A-S G. : Le conseil immédiat qui me vient est de bien distinguer les fins et les moyens, de s’interroger sur ce que l’on cherche et de concevoir un projet en pensant à la réception par les publics.

Pour ce faire, il est indispensable selon moi de concevoir une fiche projet détaillée, permettant d’objectiver les différents points du projet.

Ensuite je pense qu’il est indispensable de travailler à l’adhésion des projets par l’équipe du service culturel et, idéalement, l’ensemble des équipes du musée. D’une part pour que ce soit compris et que les projets puissent être reportés, voire pérennisés.

G. Z. : Comment former, selon vous, les actuel.le.s et futur.e.s médiateurices aux enjeux et pratiques de la médiation sensible ? Cela passe-t-il par une amélioration de certains parcours universitaires ? Une interdisciplinarité des formations muséo (avec un volet psychologie/médecine ?) ? Une ouverture des postes à d’autres praticien.s, praticienne.s ?

A-S G. : En se formant tout d’abord à la muséologie. Je vois trop de prestataires extérieurs, privés, s’improviser médiateur.ice sans connaissance de fond sur la muséologie et la médiation culturelle. La médiation repose sur des expertises précises.

L’ICOM CECA propose d’ailleurs un soutien aux professionnels des musées désireux de se former en recherche appliquée en muséologie.

Ensuite, les sciences cognitives offrent également un champ de réflexion sur le sensible et les modes d’apprentissage. Il me paraît aujourd’hui nécessaire pour les médiateurs de connaître ces outils théoriques qui peuvent faciliter l’élaboration de projets.

Pour ceux qui ont envie de développer cette approche, il y a des sensibilisations à des pratiques, mais le respect des expertises est important, on ne s’improvise pas hypnologue par exemple.

Pour finir, il me paraît important de préciser que la médiation culturelle n’est en rien de la communication (au sens d’une transmission de données) et encore moins du marketing (un produit à consommer). Elle relève plus que jamais de la fabrication d’une rencontre avec une œuvre.

Références proposées par Anne-Sophie Grassin

ANTOINE-ANDERSEN, Véronique. (2021). « Faire entrer le corps et l’attention au musée ». La lettre de l’Ocim, no 194, p. 18-23.

AUDET, Liliane, RENOUX, Christelle. (2017). « Les visites sensorielles, une autre façon d’appréhender l’art». Nectart, 4, p. 94-101.

EIDELMAN, Jacqueline. (2017). Inventer des musées pour demain, Rapport de la mission musées XXIe siècle, Paris : La documentation française.

GARDNER, Howard. (1993). Multiple Intelligences: The Theory in Practice. New York : Basic Books, 1993.

GRASSIN, Anne-Sophie. (2021). « « Sans les yeux ». La médiation sonore au musée : pour une approche synesthésique des œuvres ». Best Practice, 9. A tool to improve museum education internationally, ICOM CECA, p. 47-58. En ligne : https://ceca.mini. icom.museum/wp-content/uploads/ sites/5/2021/11/BP-book-9.pdf

GRASSIN, Anne-Sophie. (2022). « Le tournant sensible de la médiation culturelle ». La lettre de l’Ocim, no 202-203, p. 10-17.

HOWES, David. (2010). « L’esprit multisensoriel ou la modulation de la perception ». Communications, 86, p. 37-46.

HOWES, David. (2014). « Introduction to sensory museology ». The Senses and Society, 9 (3), p. 259-267.

MORIZOT, Baptiste, ZHONG MENGUAL, Estelle. (2018). Esthétique de la rencontre. L’énigme de l’art contemporain. Paris : Seuil.

VARELA, Francisco, THOMPSON, Evan, ROSCH, Eleanor. (1991).The Embodied Mind Cognitive Science and Human Experience, Cambridge: MIT Press.

VARUTTI, Marzia. (2020). Vers une muséologie des émotions. L’émotion dans les expositions, Culture & Musées, 36, p. 171-177

Pour citer cet article : ZEO, Guirec (2023). Entretien autour de la médiation sensible avec Anne-Sophie Grassin, cheffe adjointe du service culturel et de la politique des publics du musée de Cluny, le musée national du Moyen Âge., Metis Lab, publié le 27 janvier 2023. Disponible sur :
metis-lab.com/2023/01/27/entretien-autour-de-la-mediation-sensible-avec-anne-sophie-grassin-cheffe-adjointe-du-service-culturel-et-de-la-politique-des-publics-du-musee-de-cluny-le-musee-national-du-moyen-age/

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