Compte rendu de Rencontre

Genre et pratiques muséales : créer une médiation féministe.

Botte, Julie

[Image : Hélène Dufau,La Fronde, Musée Carnavalet, Histoire de Paris. Collections en ligne de Paris Musées]

Cet article synthétise la Rencontre muséo « Créer une médiation féministe » qui inaugurait le cycle « Genre et pratiques muséales » le 28 janvier 2020. Comment considérer les collections des musées de France au prisme du genre ? Comment y assurer une plus grande place aux femmes dans le présent et à l’avenir ? Le cycle de rencontres s’est penché sur quatre exemples de musées d’art français afin d’examiner les manières dont les femmes sont intégrées à l’institution grâce à la médiation, aux expositions temporaires et aux accrochages des collections permanentes.

Les collections des musées ne peuvent pas être modifiées du jour au lendemain, il est cependant possible de mettre en place des outils de médiation féministe pour rendre les femmes visibles et déconstruire les stéréotypes de genre : un parcours transversal, une visite guidée thématique, des panneaux explicatifs, etc. Ces pratiques de médiation offrent la possibilité de porter un autre regard sur les collections permanentes telles qu’elles sont présentées aujourd’hui et d’inclure les femmes dans le discours muséal.

Jean-Luc Destruhaut, enseignant en service à mi-temps au musée des beaux-arts de Bordeaux, anime un parcours sur l’égalité des filles et des garçons à travers les œuvres de la collection permanente du musée. Depuis 2015, le service des publics du musée s’est engagé dans la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. La visite guidée intitulée « L’art au prisme des inégalités hommes / femmes » a été conçue pour les scolaires du premier et du second degrés. Cette visite fait partie du programme « Bougeons sans bouger ! L’égalité filles-garçons à travers les arts et la culture » mis en place en 2016 par le rectorat de l’académie de Bordeaux en collaboration avec des musées dans l’objectif d’encourager l’égalité entre les sexes et de déconstruire les stéréotypes : le musée des arts décoratifs et du design, la FRAC Nouvelle-Aquitaine MECA, les Archives de Bordeaux Métropoles et la Bibliothèque de Bordeaux figurent parmi les institutions patrimoniales qui se sont jointes au projet. Plusieurs parcours thématiques essaient de sensibiliser les visiteurs à cette question en faisant découvrir les collections sous un autre angle. La visite guidée du musée des beaux-arts de Bordeaux propose un nouveau regard sur les œuvres en analysant les relations entre les hommes et les femmes, les représentations du masculin et du féminin dans la création artistique, ainsi qu’à la place des artistes femmes dans le monde de l’art. De nombreux thèmes sont abordés en observant les œuvres du XVIe au XXe siècles. L’intention du musée est de démentir des idées reçues à l’aide des œuvres d’art, notamment dans le domaine artistique : en expliquant le rôle des femmes en tant que modèles ou muses des artistes masculins (Pablo Picasso, Olga lisant, 1920) ; en montrant des représentations féminines sous la forme d’allégorie (Eugène Delacroix, La Grèce sur les ruines de Missolonghi, 1826) ; et en mettant en avant les œuvres d’artistes femmes (Lavinia Fontana, Portrait d’homme assis feuilletant un livre, 1575) ou leur portrait dans leur atelier (George Achille-Fould, Rosa Bonheur dans son atelier, 1893). Le parcours attire également l’attention des visiteurs sur la place des femmes dans la société, par exemple dans la famille : le mariage (Pittoni dit Le Jeune, Eliézer et Rebecca, vers 1725), la maternité (Gaston Leroux-Veunevot, Maternité, 1897), le rôle distinct du père et de la mère dans la famille (Adriaen Hanneman, Portrait de famille, XVIIe siècle) ou la garde des enfants (Louis Valtat, Les nourrices, vers 1895).

Sophie Onimus-Carrias, conservatrice en chef du patrimoine et responsable du service culturel au musée des beaux-arts de Lyon, explique qu’un des grands enjeux pour le musée est de s’ouvrir à d’autres voix ainsi qu’aux réflexions sociales contemporaines. Le musée a développé plusieurs outils pour aborder la place des femmes dans l’art : un parcours scolaire pour les collégiens ; une visite pour adultes créée dans un contexte événementiel (le 8 mars) ; et un parcours thématique pour les visiteurs individuels. La visite s’interroge, à l’aide des œuvres d’art de l’Antiquité à nos jours, sur les différentes représentations des femmes et sur leurs rôles. Le parcours sur les femmes donne un autre point de vue sur les collections du musée en explorant la diversité des figures féminines : objets de désir, mais aussi femmes de pouvoir et femmes artistes. Le parcours pour les scolaires essaie d’analyser l’omniprésence des représentations féminines dans les collections en évoquant notamment la question du nu. Le parcours commence en observant le traitement du corps, idéalisé ou naturaliste, mais aussi l’image de la femme dans les textes fondateurs, telles que Pandore (Jean-Pierre Cortot, Pandore, 1819) et Ève (Auguste Rodin, Ève, 1881) responsables de la chute de l’humanité et de tous les maux. La comparaison de la position du corps entre la sculpture de Pandore, d’Ève et d’une danseuse (Rik Wouters, La folle danseuse, 1909-1912) révèle différentes postures : de l’idéalisation néo-classique du corps féminin inspirée de l’Antiquité grecque, au repli sur elle-même d’Ève fautive et à l’explosion d’énergie de la danseuse qui s’apparente à de la folie. Une autre thématique est celle de la sensualité et des artifices. La représentation d’une Jeune femme à sa toilette (Nicolas Régnier, 1626) qui s’admire devant un miroir incarne la vanité et le passage inéluctable du temps. Le Coucher à l’italienne (Jacob Van Loo, 1626-1670) donne à voir une femme nue qui s’apprête à se coucher et nous regarde comme une invitation à la suivre. La peinture ne renvoie à aucun récit et représente sans détour une image érotique. La Femme caressant un perroquet (Eugène Delacroix, 1827) est une représentation orientaliste et sensuelle d’un corps de femme nu, lascif et offert à notre regard. Un troisième thème est celui du réalisme et des réalités sociales de l’époque. La Maraîchère (anonyme, fin du XVIIIe siècle) montre une femme du peuple à la période révolutionnaire dont le maintien témoigne d’une grande force et dignité. La Lecture (Henri Fantin Latour, 1877) représente deux femmes en train de lire dans un intérieur bourgeois ce qui permet d’évoquer l’éducation et le confinement des femmes dans la maison. Des figures de femmes fortes sont également présentées, comme l’héroïne biblique Judith (Jules Ziegler, Judith aux portes de Béthulie, 1847) qui libère son peuple grâce à son courage.

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